Les Arcs 2015 : Un amour de festival

Première soirée et première journée complète à la 7ème édition du Festival de cinéma européen des Arcs. Si la cérémonie d’ouverture a été manquée grâce aux joies que peut procurer la SNCF, le buffet et le concert d’ouverture ont permis d’oublier ces aléas tandis que le Taillefer nous a offert trois films dimanche.

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On peut manquer une cérémonie d’ouverture mais rattraper les festivaliers à l’heure du buffet, à l’auberge 1950. Retourner aux Arcs pour la troisième fois, c’est la joie de revoir un village désormais familier, des visages familiers, des personnes qui sont devenues des amis, mais aussi l’occasion de faire de nouvelles rencontres. C’est ainsi qu’au hasard d’une table bien fournie en vin, je rencontre Paul, le réalisateur de Kill Two Bravo, Mark, un de ses acteurs qui a aussi officié aux côtés de Jon Snow dans la série Game of Thrones et sa compagne Michelle. Après de bonnes barres de rire, les festivaliers se dirigent chez Luigi où se tient le concert d’ouverture. Le groupe We Are Match balance son rock électro et ravi les festivaliers avant de laisser place à Jain. S’il est bon de retrouver du monde dans cet endroit chaleureux, les mésaventures pour se rendre au festival ont raison de mon envie d’aller plus loin dans la nuit.

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Dimanche. Aux Arcs, on peut prendre son petit déjeuner avec les réalisateurs de Jimmy Rivière, faire ses courses aux côtés de Niels Arestrup, discuter avec le réalisateur islandais de Sparrows, dont le projet a évolué grâce au Work in progress des Arcs, le tout, avant de passer par la zone piscine et hammam de la résidence Prince des Cimes qui nous accueille cette semaine. Sur les coups de midi, direction le Taillefer à 1800 mètres pour trois projections consécutives. On débute avec un film présenté dans le cadre du focus Norvège, In order of disappearance de Hans Peter Molland. Dans des contrées reculées de la Norvège, Nils Dickman (Stellan Skarsgard) déblaie la neige inlassablement. Cet immigré suédois est même élu citoyen de l’année, mais sa petite routine est brutalement interrompue lorsque son fils est retrouvé mort d’une overdose. Il s’agit d’un assassinat perpétré par le baron de la drogue local, un norvégien surnommé « Le Comte ». Le film se lance alors sur les pistes du polar vindicatif, violent et jouant sur un humour noir gagnant de plus en plus l’espace du film où la situation se complexifie à base de quiproquos. Débarquent alors des trafiquants serbes ajoutant leur grain de sel dans cette œuvre qui joue autant sur les valeurs de la Norvège que des clichés racistes. Le réalisateur Hans Peter Molland possède un vrai sens de la mise en scène qui fait de cette histoire abracadabrante un vrai délire gonflant au fil des macchabées, dont le pseudo, le nom et la religion est affiché après leur dernier souffle. Un sacré cocktail de violence et de drôlerie funeste au milieu d’une neige épaisse et fascinante.

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L’enthousiasme ne se prolonge pas avec le premier film de la compétition, 11 minutes de Jerzy Skolimowski. Le cinéaste polonais compose un film choral frénétique, dont l’action totale se déroule donc sur 11 minutes. Dans ce puzzle anxiogène, on croise la route d’une actrice face à un faux réalisateur libidineux, un mari hystérique, un dealer de cocaïne, un vendeur de hot dog, un groupe d’ambulanciers, un jeune homme poussé à réaliser un braquage, un peintre, … Il y a la volonté de brasser tout le territoire d’une ville à un instant donné où se déclenchera un effet papillon vraiment désolant. Tout n’est qu’esbroufe et volonté de secouer le spectateur sur son siège. La mission est accomplie : pénible !

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La compétition se poursuit avec le premier long métrage d’Eva Husson, Bang Gang (Une histoire d’amour moderne, inspiré d’une histoire vraie. L’été où la France allait connaître sa première grande vague de canicule, un groupe d’adolescents plonge dans la débauche totale, organisant des fêtes où l’alcool est légion et les parties de jambe en l’air, filmées et publiées sur une page privée sur internet, se multiplient dans toutes les pièces de la demeure occupée par Alex (Finnegan Oldfield). Alex, un ado esseulé dans une vaste propriété, pour qui coucher avec des filles est un vrai jeu. Tout débute avec son pote Niki et deux amies qu’ils draguaient, George (Marylin Lima) et Laetitia (Daisy Broom). Pas de quatuor amoureux ne se forme, mais une relation unilatérale entre Alex et George, affectée par le comportement du garçon avec lequel elle s’est donnée. Gravite un autre personnage, Gabriel, un jeune homme plus réservé, affecté par le grave accident de son père, et amateur de musique électronique qu’il compose seul dans sa chambre. Eva Husson montre une vraie assurance et maturité dans l’utilisation de la musique et des silences, dans les choix esthétiques de son film qui, sous certains aspects, évoque une version 2.0 du Kids de Larry Clark. Mais le cynisme a été évacué au profit de la sensibilité, un véritable attachement à ces personnages sans repère – les parents sont fantomatiques. Nous avions déjà découvert le talent de Finnegan Oldfield dans Les Cowboys, Bang Gang (Une histoire d’amour moderne) permet de découvrir trois nouveaux acteurs plein de charisme, et difficile de ne pas penser à Isabelle Adjani avec le regard bleu pénétrant de Daisy Broom, ainsi que son jeu de belle ingénue. La jeune cinéaste a aussi l’intelligence de ne pas abandonner ses personnages en chemin sans aucune résolution, de leur donner une leçon mais sans les juger ou abattre le marteau de la morale. Un premier film réussi d’une réalisatrice à suivre.

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La soirée débute aux Belles Pintes avec le quiz musical Deezer/Vodkaster dans un pub plein à craquer où les festivaliers livrent toutes leurs connaissances en matière de musiques de film et de bande annonce. La joyeuse troupe termine O’Chaud pour danser jusqu’au bout d’une nuit forcément réduite en sommeil. Les Arcs est un amour de festival !

Article rédigé par Dom

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