Critique : En eaux troubles

Dernier blockbuster de la saison estivale 2018, En eaux troubles jette Jason Statham face à un immense requin d’un autre temps, le mégalodon. Une confrontation qui aurait pu donner lieu à un divertissement jouissif s’il n’était pas calibré par des exécutifs sans aucun goût pour le cinéma de genre et un réalisateur sans envergure.

Baignade interdite

Jonas Taylor (Jason Statham) est un sauveteur-plongeur hors pair qui a raccroché les palmes et la bouteille d’oxygène suite à l’évacuation d’un sous-marin s’étant soldée par plusieurs morts. Profitant de sa retraite anticipée pour se saouler sur une plage exotique, il est rappelé pour venir à la rescousse de trois explorateurs, dont son ex-femme qui, lors d’une mission inédite, ont pénétré dans une zone alors inconnue des fonds marins, où roderait un terrible requin préhistorique : le mégalodon. Ne surfant pas vraiment sur les séries Z à la Sharknado par le budget de cette production sino-américain de 130 millions de dollars, le film de Turteltaub veut en mettre plein les mirettes. Une somme confortable offrant de quoi bosser un peu sur les effets spéciaux, convaincants sans vraiment impressionner, et avoir des décors crédibles, une station de recherche en mer, ainsi que plusieurs bateaux et modules sous-marins afin de poursuivre l’ultime requin. Pourtant, En eaux troubles expose rapidement ses limites avec une galerie de personnages insipides autour du protagoniste érigé en super héros Statham : Suyin (Bingbing Li), potentielle accroche amoureuse, son père de scientifique Zhang (Winston Chao), un milliardaire en quête de reconnaissance joué par Rainn Wilson, et toute une série de seconds couteaux futiles. La mission de sauvetage conduit à une traque, le requin représentant une potentielle manne financière, et ce dernier pourrait aller faire un carnage sur la côte voisine où les baigneurs s’entassent comme dans une rame de RER à l’heure de pointe en période de grève.

Tout y est artificiel et désincarné. Un tel projet devrait soit miser sur un sérieux à la façon des Dents de la mer de Steven Spielberg – ce qui implique un travail d’orfèvre pour tous les chefs de poste –, soit foncer dans le second degré total avec un vrai penchant pour le gore – les rares gouttes de sang du film seront celles de la barbaque jetée à l’eau pour attirer le monstre marin –, façon Piranha 3D d’Alexandre Aja. Adapté d’un roman de Steve Alten, Meg : A novel of deep terror, le film est un projet qui traîne de mains en mains depuis 1997, avec en premier lieu Disney aux commandes pour atterrir dans les bureaux de la Warner. Si Eli Roth était pressenti il y a quelques années pour réaliser le film, le studio a préféré miser sur un divertissement parfaitement convenable pour les mineurs. Nous arrivons donc à Jon Turteltaub (Rasta Rocket, Benjamin Gates et le Trésor des templiers). En pilotage automatique, le cinéaste ne saisit aucune opportunité de sublimer le danger ou l’absurdité des situations, annihile les quelques bons dialogues par un piètre montage, et ne délivre qu’une rare poignée de scènes iconiques – sans jamais toucher à l’épique. Caressant la problématique écologique avec une retenue effarante, En eaux troubles se positionne en produit dépassé et pourtant vendeur, cartonnant au box office mondial. Parfait représentant d’une industrie du grand spectacle fonctionnant purement au rendement, cette mascarade marine vient clore l’une des plus désespérantes fournées de ces dernières années. Qui osera révolutionner les dangers marins en s’appuyant sur les déchets plastiques, livrer un cousin du Toxic Avenger qui saurait marié humour, gore et prise de position politique ? Ou tout simplement revenir aux fondamentaux, aux vrais mystères de l’exploration comme Abyss ? Sûrement pas un inculte producteur hollywoodien ni chinois. Aujourd’hui, là où il y a beaucoup pognon, les idées (et le talent) sont loin d’être légion. Circulez, la plage est fermée !

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En eaux troubles

Film chinois, américain
Réalisateur : Jon Turteltaub
Avec : Jason Statham, Bingbing Li, Rainn Wilson, Cliff Curtis, Winston Chao, Ruby Rose, Page Kennedy, Robert Taylor, Shuya Sophia Cai, Ólafur Darri Ólafsson
Titre original : The Meg
Scénario de : Dean Georgaris, Jon Hoeber, Eric Hoeber d’après un roman de Steve Alten
Durée : 113 min
Genre : Action, Science-fiction
Date de sortie en France : 22 août 2018
Distributeur : Warners Bros. France

 

Article rédigé par Dom

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