Critique : Le Grand jeu

Scénariste de renom, Aaron Sorkin (The Social Network, Le Stratège) passe à la réalisation avec Le Grand Jeu. Portrait d’une battante campée par Jessica Chastain, le film propose une plongée vertigineuse dans le monde des parties de poker illégales, et si elle n’est pas exempt de défauts, voilà une des premières œuvres à découvrir en 2018.

Dame de cœur

Qui est cette fameuse Molly Bloom, sortie de son lit par le FBI pour avoir touché des commissions pour l’organisation de parties de poker illégales dans de hauts milieux ? Le Grand jeu est le portrait d’une femme qui, suite à une chute en ski la privant d’une carrière sportive, au grand dam de son père, alors que les frangins sont de brillants athlètes, est parvenue à rebondir en organisant des parties de poker sélectes, aux mises élevées. Une ascension qui connaîtra donc une vertigineuse chute, avec un procès où l’on demandera à la « princesse du poker » de balancer quelques noms de mafieux russes s’étant installés à ses tables. Jessica Chastain campe le rôle principal et narre également en voix-off l’histoire épatante de cette femme qui captive par sa détermination, son intelligence, sa bonté mais aussi son éthique, cette volonté de ne divulguer aucun nom afin d’avoir bonne conscience, de ne pas entacher son propre nom, quitte à finir derrière des barreaux. Dans un rôle fort dans la veine de Miss Sloane, Jessica Chastain brille dans chaque compartiment de ce film dense, savamment orchestré par Aaron Sorkin à partir du livre écrit par Molly Bloom en personne. Trouver et jouer avec le tragique d’une success story est probablement le point où excelle le plus Aaron Sorkin, en plus d’être un dialoguiste futé et doté d’un redoutable sens du rythme. Des qualités indispensables pour mener à bien un tel récit puisque qu’au cours de ses 140 minutes, Le Grand jeu jouera rarement sans la voix de sa protagoniste.

Doté d’une structure classique mais galvanisante, Le Grand jeu suit Molly Bloom auprès de son avocat, Charlie Jaffey (Idris Elba, composant un duo remarquable avec Chastain), pour construire sa défense tout en explorant son passé, ces fameuses parties qui la conduiront d’un job d’assistante à Los Angeles à celui d’organisatrice de parties de poker sur la côte ouest mais aussi à New York. Si les noms ont naturellement été changés pour protéger certains joueurs, on a le plaisir de voir Michael Cera se représenter lui-même en joueur rusé et vil, tandis que Chris O’Dowd apporte énormément d’humour autour de la table. Bien que certaines notions soient expliquées au cours du film, Sorkin oublie de prendre la main aux néophytes du poker qui peineront à saisir l’intensité de certains coups – mais si vous ne connaissez rien aux cartes, cela constitue une infime partie de cette œuvre. Autre plaisir, retrouver Kevin Costner dans le rôle secondaire mais consistant de Larry Bloom, père de Molly, dont le regard tient une importance primordiale sur la conduite de sa fille. Pourtant, malgré toutes ces qualités, Le Grand jeu ne se hisse pas au rang des excellents biopics : si Aaron Sorkin est un scénariste souvent génial, il ne nous bluffera pas ici, son travail de mise en scène se montre plutôt faiblard. Sorkin ouvre son œuvre avec un dynamisme et un sens du montage chers à Danny Boyle – pour qui il a écrit Steve Jobs – mais ensuite, il n’empruntera ni à David Fincher, ni à Bennett Miller, pour livrer des scènes au découpage peu judicieux, et dont la validité repose alors sur les épaules de ses comédiens.

Autre aspect légèrement irritant, la ligne purement hagiographique du film, dans la lignée de Joy. Il est évident qu’en se basant sur les écrits de la protagoniste, le portrait évite les zones d’ombre, bien que Molly concédera avoir pris de la drogue au cours de sa folle affaire, uniquement dans le but de tenir la cadence. Des détails pour certains mais qui entravent quelque part le plaisir de plonger dans un milieu secret où des fortunes passent d’une main à l’autre à l’issue de la découverte d’une série de cartes. Au final, si on aurait aimé voir le même film avec un réalisateur de renom derrière la caméra pour donner de l’ampleur au récit, Le Grand jeu captive par la singularité du parcours et du caractère de Molly Bloom. Le casting exceptionnel, Jessica Chastain en tête, en fait aussi une œuvre à ne pas bouder en ce début d’année.

3.5 étoiles

 

Le Grand Jeu

Film américain
Réalisateur : Aaron Sorkin
Avec : Jessica Chastain, Idris Elba, Kevin Costner, Jeremy Strong, Chris O’Dowd, Michael Cera, Brian d’Arcy James, Bill Camp
Titre original : Molly’s Game
Scénario de : Aaron Sorkin, d’après un roman de Molly Bloom
Durée : 140 min
Genre : Biopic, Thriller, Drame
Date de sortie en France : 3 janvier 2018
Distributeur : SND

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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