Critique : Downsizing

Pour la première fois sans sa carrière, Alexander Payne touche à la science-fiction, mais ce, sans abandonner son esprit satirique pour conter une histoire profondément humaine. Vendu à tort comme une comédie par son distributeur, Downsizing emprunte des routes inattendues à partir de son alléchant postulat.

Vivre sa vie

Le docteur norvégien Jorgen Asbjørnsen (Rolf Lassgård) a trouvé le moyen de réduire la taille des êtres humains dans un but écologique, trouvant alors une parade au manque de place sur Terre. Mais qui voudrait vivre à une échelle d’une dizaine de centimètres ? Eh bien, au-delà de l’argument écologique, il y a l’argument économique et social : au format modèle réduit, la vie est moins chère, au point de pouvoir vivre dans une luxueuse demeure sans aucune nécessité de travailler, dans un cadre idyllique dépassant le rêve américain. Attirés par ce nouvel Eldorado, Paul Safranek (Matt Damon), ergothérapeute du travail, et sa femme Audrey (Kristen Wiig), décident de faire le grand saut pour devenir tout petits. Une procédure relativement peu risquée, mais demandant certains sacrifices : s’il sera possible de rendre visite à ses proches dans le monde des grands, il n’y a pas de retour en arrière possible, et l’opération se déroule en ôtant tout plombage et en rasant absolument tous les poils de la tête au pied. Lorsque Paul se réveille dans ce nouveau monde, sa femme n’est pas là : au dernier moment, elle a décidé d’abandonner. Notre anti-héros, cet américain moyen de la classe moyenne, se retrouve seul dans une vaste demeure qu’il quittera pour un appartement minable et prendre un travail de téléconseiller pour occuper ses mornes journées, jusqu’à gagner la fête de son voisin du dessus, le malicieux et hédoniste Dusan (Christoph Waltz).

Downsizing est une œuvre singulière dans le sens où elle n’exploite pas les pistes tendues par son postulat : la SF n’est pas un prétexte à l’action, ni à une confrontation entre petits et grands hommes – alors que les troubles économiques provoqués par ce phénomène sont abordés. L’aspect comique n’est qu’un ingrédient de cette satire, et la narration elliptique éclipse toute exploration des problématiques immédiates pour Paul afin d’établir un schéma plus vaste. Pour ne pas révéler trop d’éléments, il faut simplement savoir que Downsizing et son aventure au rythme assez inégal offre une leçon de vie à son personnage qui, finalement, n’a jamais réussir à saisir les opportunités s’offrant à lui, pour de multiples raisons. Si la méthode du downsizing a été inventée d’abord par une volonté écologique, ne représente t-elle pas quelque chose de profondément néfaste puisqu’elle consiste à fuir les problématiques terrestres en se réfugiant dans un monde, à priori parfait, mais qui conserve les mêmes formes d’inégalité que notre société actuelle ? Paul est un personnage qui glisse vers la facilité. Humain de taille normale, il exerçait un métier porté sur l’aide d’autrui, à défaut d’avoir pu devenir chirurgien. Grâce à la rencontre d’une dissidente vietnamienne, Ngoc Lan Tran (Hong Chau), ayant atteri dans la même ville que lui, ses perspectives vont changer au fil des ordres commandés avec humour par cette femme ayant subi des épreuves atroces.

Avec un imaginaire proche de la logique de Dans la peau de John Malkovich, le nouveau film d’Alexander Payne exploite la partie fantastique de son récit pour mieux parler de notre société. Bien qu’il joue peu sur les différences d’échelles (la signature d’un contrat, une rose, un tambourin, un écran de tablette ou un lot de bouteilles de vodka seront les rares éléments à nous rappeler directement la taille des protagonistes), il parvient à donner vie à cet univers miniature sans aucune emphase. Avec ses excellents comédiens où les seconds rôles et apparitions sont portés par de grands noms, de Laura Dern à Udo Kier en passant par Jason Sudeikis, Payne livre une aventure humaine riche en soulevant deux nécessités : celle d’affronter ses – ou plutôt les – problèmes de notre monde et d’avoir le courage de vivre sa vie. Downsizing, une œuvre downtempo et surtout down-to-earth (terre-à-terre).

3.5 étoiles

 

Downsizing

Film américain
Réalisateur : Alexander Payne
Avec : Matt Damon, Hong Chau, Christoph Waltz, Kristen Wiig, Udo Kier, Rolf Lassgård, Jason Sudeikis, Laura Dern
Scénario de : Alexander Payne, Jim Taylor
Durée : 135 min
Genre : Comédie dramatique, Science-fiction
Date de sortie en France : 10 janvier 2018
Distributeur : Paramount Pictures France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Avant de publier un commentaire, vous devez lire et approuver notre politique de confidentialité.