[Critique] Anna Karenine (Joe Wright)

L’adaptation d’Anna Karenine de Tolstoï s’apparente à un véritable rituel au cinéma : il ne faut rarement plus d’une quinzaine d’années pour voir un réalisateur livrer une nouvelle version de cette œuvre emblématique de la littérature russe. C’est Joe Wright (Reviens-moi, Hanna) qui met en scène cette nouvelle mouture, adapté par Tom Stoppard (Brazil, Shakespare in love), avec dans le rôle titre Keira Knightley. Une version qui, malgré son style souvent séduisant, manque de briller.

Le théâtre de la haute société russe

Autant capable de mettre en scène de façon académique qu’avec un style novateur et énergique, Joe Wright adopte un parti pris surprenant, celui de conduire le récit au cœur d’un théâtre, où les décors évoluent même parfois durant des scènes dans un mouvement quelques fois fellinien. Il y opposera même cet enferment de l’aristocratie russe avec les grands espaces dans lesquels évoluent les paysans, au travers du destin de Lévine (Domhnall Gleeson), occupant une place étonnamment importante dans la seconde moitié du récit. Au-delà de la découverte de la haute société russe dans le dernier quart du XIXème siècle où l’amour et les moeurs sont questionnées, Anna Karenine est l’histoire tragique d’une femme déchirée par les conséquences d’une relation extraconjugale, l’éloignant de son fils et l’écartant du microcosme de la noblesse. Si la première partie du film séduit par sa mise en scène inventive et son élégance – la scène du bal où se concrétise la passion entre Vronski et Anna est particulièrement impressionnante –, le style, un temps épatant, s’apaise pour laisser place, au premier plan, à de fortes lacunes.

L’un des problèmes majeurs de cette version procède d’une erreur de casting avec une Anna Karenine campée par Keira Knightley. Ce n’est pas que l’actrice britannique livre une mauvaise interprétation – quoique dans les instants de douleur et de détresse, elle se montre rarement convaincante –, c’est surtout que son faciès et son élocution – l’accent anglais appuyé – ne correspondent pas au personnage. Greta Garbo est peut-être l’une des meilleures actrices à avoir donné vie à Anna, avec grâce, douceur, fragilité – des points sur lesquels Knightley peine, ses trics grimaçants jouant en sa défaveur comme jamais. Ce mauvais choix est contrebalancé par Jude Law, formidable Alexei Karenine, mari déchu, avec un jeu en retenu, fin et saisissant. Et si Aaron Taylor-Johnson donne une performance solide, il apparaît un tantinet trop jeune pour interpréter le Comte Vronski, à l’origine de la perte d’Anna. Le manque d’intensité dramatique, en partie imputable à Knightley, découle aussi, dans la deuxième partie du film, à un traitement trop distancié du drame vécu par l’héroïne. La relation mère/fils est sous-exploitée tandis que les anicroches dans la relation Vronski/Anna sont expédiées par une trame s’écartant trop des enjeux capitaux pour sa figure centrale. En résulte un terrible manque d’intensité dramatique alors que cette relecture s’annonçait, dans les premières minutes, originale et impressionnante.

Fidèle au raffinement de ses œuvres en costumes, Joe Wright montre à nouveau de sérieuses capacités à dynamiser un récit par une mise en scène audacieuse, non dispensée d’égarements. Cette nouvelle collaboration avec Keira Knightley se montre pourtant infructueuse, d’autant plus que le scénario ripe là où la dramaturgie aurait pu – ou plutôt dû – être bouleversante. Une nouvelle version d’Anna Karenine charmante dans sa forme mais plutôt anecdotique.

3 étoiles

 

Anna Karenine

Film britannique
Réalisateur : Joe Wright
Avec : Keira Knightley, Jude Law, Aaron Taylor-Johnson, Kelly Macdonald, Matthew MacFadyen, Domhnall Gleeson, Ruth Wilson, Alicia Vikander
Titre original : Anna Karenina
Scénario de : Tom Stoppard, d’après l’oeuvre de Léon Tolstoï
Durée : 129 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 5 décembre 2012
Distributeur : Universal Pictures International France


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Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. ok avec toi, si la forme est sublime le fond manque autant d’âme que de chair… 2/4

  2. La mise en scène, formidable et monumentale, enthousiasme le spectateur mais c’est vrai qu’elle relègue parfois la romance et les personnages au second plan. Ma critique : http://tedsifflera3fois.com/2013/01/09/anna-karenine-critique/

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