[Critique] Talk Radio (Oliver Stone)

Dans la filmographie d’Oliver Stone, entre Wall Street et Né un 4 juillet se trouve le méconnu Talk Radio – également intitulé Conversations nocturnes en français. Carlotta Films réhabilite ce long-métrage en l’éditant, pour la première fois en France, en DVD, et tant mieux, car cette œuvre mérite d’être vue et écoutée attentivement.

Radio Ga Ga

Barry Champlain (Eric Bogosian), animateur d’un talk show nocturne diffusé à Dallas, entre en conflit avec ses auditeurs chaque nuit. Si la liberté d’expression est son credo, la rage et la provocation sont les réponses aux interventions des personnes osant s’exprimer dans son émission. Cadre oblige, Talk Radio est un film dont la dimension sonore tient le rôle principal, car ici, c’est la parole et sa diffusion qui sont subtilement questionnés. Quelle est la place de la radio dans la société américaine ? Les messages des auditeurs sont-ils le reflet de cette société ? La radio libre doit elle servir de défouloir aux opinions racistes, messages de haine et de désespoir ?
Pris dans une routine qui lui a valu son succès, Barry joue sur la provocation et l’attisement de la haine, mais lorsque son émission s’apprête à être diffusée nationalement, l’animateur se voit confronté à sa propre irresponsabilité et son manque d’humanité. La voix magnétique d’Eric Bogosian malmène le spectateur qui se retrouve à la fois dans l’impuissante position de l’auditeur que du directeur de la radio interprété par Alec Baldwin, obligé d’accorder une liberté absolue à son animateur star qui ne recule devant aucun message, de l’antisémitisme aux aveux de viol en passant par les menaces de mort.

Le film établit son étude des ondes radiophoniques en creusant le portrait de sa figure centrale. Simple vendeur dans une boutique de vêtements, marié à une femme tout à fait charmante, Barry vit son destin basculer alors qu’il rencontra par hasard son animateur préféré. Transformation immédiate derrière le microphone où il fut invité. Ce personnage en premier lieu détestable permet aussi d’illustrer la solitude de l’animateur. Lorsque la vivacité de Barry défaillit face à l’horreur de certaines paroles, le silence sur les ondes transmet un terrible sentiment de misère morale et d’impuissance. Il y a quelque chose d’irréparable dans la propagation de certaines phrases – un fait avoué dans le générique de fin d’émission qui dit que les mots causent des dégâts à vie !
Il est simplement dommage que ce film passionnant soit doté d’une bande originale si peu soignée, contrairement au travail sur les voix et bruitages qui permet de plonger au cœur de la station. Oliver Stone navigue autour de son animateur en permanence, d’ailleurs très expressif avec de simples regards qui témoignent d’un cruel paradoxe : Barry Champlain est victime du système qui lui a apporté la gloire. Son comportement va à l’encontre de ses idéaux. Talk Radio est une œuvre qui manifeste intelligemment notre incapacité à nous élever grâce à la technologie, le témoignage d’un échec qui perdure encore aujourd’hui.

4 étoiles

Talk Radio est disponible en DVD, où l’on retrouve une captivante interview d’Oliver Stone, à partir du 18 janvier :


 

Talk Radio

Film américain
Réalisateur : Oliver Stone
Avec : Eric Bogosian, Alec Baldwin, Ellen Greene, Leslie Hope, John C. McGinley
Scénario de : Oliver Stone, Eric Bogosian d’après la pièce d’Eric Bogosian et le roman « Talked To Death: The Life and Murder of Alan Berg » de Stephen Singular
Durée : 110 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 12 avril 1989
Distributeur : Carlotta Films

Bande Annonce (VO) :

Article rédigé par Dom

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6 commentaires

  1. je sais que ce film m’avait impressionné quand je l’avais vu à la télé il y a bien longtemps…
    je l’ai demandé via cinetrafic, c’est par là que tu l’as eu ? 😉

  2. Hum, je n’ai plus de contact avec Cinétrafic visiblement… C’est par le distributeur que je l’ai eu.

  3. je l’ai eu finalement… la chronique dans les prochains jours !
    sinon la 6e édition cinetrafic est en cours depuis peu : http://cinetrafic.wordpress.com/2012/01/17/dvdtrafic-lancement-de-la-sixieme-edition-un-dvd-contre-une-critique/

  4. Surtout ne dis pas que c’est moi qui t’en ai parlé comme pour Norma Rae…

  5. @Phil : merci mais je vais passer la main, trop débordé !

    @La méthode : oui je me souviens que tu m’en avais parlé mais, tu veux que j’écrive quoi ? Je ne connais pas ton identité !

  6. Rien c’est pas grave.

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