Critique : Le Comte de Monte Cristo

Avec près de 2,5 millions de spectateurs attirés en salle depuis sa sortie le 28 juin 2024, Le Comte de Monte Cristo, blockbuster à la française – budget avoisinant les 43 millions d’euros – est déjà un succès bien que sa durée puisse effrayer le quidam – 2h58. Malgré les moyens colossaux, ce long métrage de Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière, qui s’inscrit dans le « Alexandre Dumas Cinematic Universe » si cela peut faire sens, se montre particulièrement décevant.

Faste & douteux

Le nouveau portage sur grand écran des Trois Mousquetaires sous forme de diptyque par Martin Bourboulon, avec Les Trois mousquetaires : D’Artagnan et Les Trois mousquetaires : Milady, n’était que les premières pièces d’une franchise à la française basée sur l’œuvre d’Alexandre Dumas. Qu’importe le résultat final si les entrées sont là : tout comme avec Disney et son écurie Marvel ou la saga Fast & Furious, ce qui compte, ce sont les chiffres à l’issue de l’exercice comptable. Et avec le budget le plus colossal du cinéma français pour 2024, le pari, risqué, pourrait s’avérer payant, notamment grâce aux ventes internationales. S’appuyant sur la notoriété de son casting, Pierre Niney en tête, cette adaptation refuse de scinder l’impressionnant roman sur plusieurs films. Une gageure qui ne fait que renforcer l’adage, adapter, c’est trahir. Ainsi, le destin d’Edmond Dantès (Niney), trahi, emprisonné, et nourrissant son désir de vengeance au cours de longues années se voit comprimé, haché et concaténé pour relier les points principaux, au détriment de nombreux personnages et épisodes, mais aussi de l’émotion.

Pierre Niney et Pierfrancesco Favino prisonniers

D’emblée, Le Comte de Monte Cristo expose ses moyens dans une scène de sauvetage en mer, et les premières notes de la bande originale de Jérôme Rebotier donnent également le ton : montrer du muscle, à l’américaine. Et si le film bénéficie d’une belle dynamique, il montre ses limites avant même d’atteindre sa deuxième heure. Si la mise en scène se montre moins calamiteuse que dans les films de Martin Bourbolon, on se trouve face à une réalisation irréfléchie, embrassant du regard le faste à l’image (des décors aux maquillages en passant par les accessoires et costumes) sans jamais proposer une idée, ni même donner un climat à une phase de la vie de cet être rongé frappé par l’injustice puis rongé par la vengeance. Confier une telle machine au duo Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière – scénaristes sur les précédents mousquetaires –, c’est comme mettre aux commandes d’une formule 1 un duo de Playmobil : il y a les mains pour diriger le véhicule, mais aucun doigt pour y apporter une certaine classe, un geste technique et encore moins de prise de risque. Nous arriverons à bon port, relativement vite, mais sans grande sensation.

Vassili Schneider échange avec Anamaria Vartolomei dans un décor fastueux

Ainsi, on traverse ce destin sans jamais donner véritablement corps au moindre sentiment, de l’amour à la haine, et l’aspect théâtral dans le jeu qui prend le dessus dans la dernière partie du film confine parfois au ridicule. Ce n’est pas faute d’avoir de grands talents aux côtés de notre Comte – pas toujours juste, notamment lorsque le personnage a vieilli –, Anaïs Demoustier en Mercédès Herrera, Laurent Lafitte en Gérard de Villefort, Bastien Bouillon en Fernand Mondego et de jeunes comédiens loin de démériter, comme Anamaria Vortolomei – révélée par L’Evénement (2021) d’Audrey Diwan –, Julien de Saint Jean – nommé en Révélation masculine aux César 2024 pour son rôle dans Le Paradis de Zeno Graton – ou encore Vassili Schneider, benjamin de la fratrie d’acteurs. Si ce long métrage ne se montre pas tout à fait plombant, par sa célérité narrative, il se montre décevant dans son incapacité à transposer l’éclat romanesque de l’œuvre d’origine. Le succès du film, qui a les faveurs de la presse et des spectateurs, témoigne de plusieurs éléments appréciables. D’une part, la capacité du public à se déplacer en salle pour voir des œuvres plus longues que la moyenne, et d’autre part, ce désir de cinéma d’aventure, peut-être au-delà même de la case « film français » : ce grand cinéma d’aventure, décloisonnant les genres (action, romance, thriller), manque cruellement à l’appel aujourd’hui.

1.5 étoiles

 

Affiche du film Le Comte de Monte Cristo

Le Comte de Monte Cristo

Film français
Réalisateurs : Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière
Avec : Pierre Niney, Anaïs Demoustier, Laurent Lafitte, Bastien Bouillon, Anamaria Vartolomei, Vassili Schneider, Julien De Saint Jean, Pierfrancesco Favino
Scénario de : Matthieu Delaporte et Alexandre De La Patellière, d’après l’œuvre d’Alexandre Dumas
Durée : 178 min
Genre : Aventure, Drame
Date de sortie en France : 28 juin 2024
Distributeur : Pathé

 

Photos du film Copyright 2024 CHAPTER 2 – PATHE FILMS – M6 – Jérôme Prébois

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Comments links could be nofollow free.

 

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Avant de publier un commentaire, vous devez lire et approuver notre politique de confidentialité.