Critique : A Good man

Estampillé Sélection Officielle Cannes 2020, passé par les éditions spéciales de Deauville et des Arcs Film Festival de l’année dernière, A Good man prolonge la collaboration entre la cinéaste Marie-Castille Mention-Schaar et la comédienne Noémie Merlant, qui avait notamment donné lieu au marquant Le Ciel attendra en 2016. Pas de menace terroriste cette fois pour s’intéresser à un sujet commun sous un angle hors du commun : la parentalité.

Portrait du jeune homme enceint

Benjamin et Aude forment un couple heureux mais qui, face au désir d’avoir un enfant, se confronte à d’immenses obstacles. Plus question pour Aude d’essayer la procréation médicalement assistée, elle a déjà connu quatre fausses couches. La possibilité restante : que Benjamin porte l’enfant. Cet infirmier, que l’on découvre au bord de l’eau, puis lors d’une intervention qui donne justement lieu à une naissance, est né dans un corps de femme, et bien qu’il soit avancé dans son processus de transition, il a encore la possibilité de porter un enfant. Campé par Noémie Merlant, bluffante de par sa transformation physique et son jeu, il est assez naturel que le personnage de Benjamin soit aussi prépondérant dans ce récit qui reste axé autour du couple et de la parentalité. Une des qualités de A Good man réside dans le fait de ne pas traiter du parcours d’un transgenre vers le corps en adéquation avec son esprit : le film montre simplement les réactions extérieures aux décisions prises par Ben dans l’instant présent du récit. Evidemment, il est difficile de se détacher d’une certaine forme de fascination pour la transformation de Noémie Merlant – avec certains passages troublants, peut-être à cause de voix parfois post-synchronisées –, comme pour n’importe quel autre rôle de composition aussi exigeant. Bien que la réalisatrice focalise peut-être trop son regard sur Ben dans les premières minutes du film, on gagne rapidement en profondeur avec le personnage d’Aude, que Soko campe aussi avec énormément de charisme.

Le parcours de Benjamin raconte autant les difficultés de s’affirmer face à ses proches que l’abnégation suscitée par amour : choisir de porter l’enfant, c’est interrompre la prise de testostérone, repousser une opération de chirurgie de réattribution sexuelle. Une grossesse qui implique des conséquences, de l’incompréhension ou à minima, de l’appréhension. Il y a toujours un conflit avec la mère, qui considère que son enfant est mort, il y a des révélations à faire à des collègues, et même un processus de suivi médical particulier pour le personnel soignant. Le rapport au corps habite littéralement ce film : par sa profession, Benjamin se consacre au corps des autres, à la maison, il se défoule sur des jeux de baston, et Aude complète ce tableau par la danse. C’est d’ailleurs sur la piste d’une boite de nuit que leur rencontre a lieu, dans une séquence touchante, comme le dernier segment du film. Des éléments forts contrebalançant avec des articulations parfois plus fragiles, mais qui visent toujours à étoffer le portrait de cet homme contraint d’exposer sa différence dans un acte d’amour pur.

Inspiré de faits réels – plusieurs accouchements de ce type ont eu lieu notamment aux Etats-Unis –, A Good man marque probablement un pas en avant dans la représentation des LGBT+ dans le cinéma français : si le court métrage occupe déjà cet espace – et récemment, Dustin de Naïla Guiguet a notamment été récompensé à Toronto –, le long métrage se montre à la traîne, bien qu’il soit indispensable de citer les contributions de Céline Sciamma et Sébastien Liftshitz. D’aucuns critiqueront probablement le fait que le rôle de Benjamin soit tenu par une personne – à priori – cisgenre : c’est pourtant le rôle des comédiens de se glisser dans la peau de celles et ceux qu’ils ne sont pas loin des planches et des caméras. Quoi qu’il advienne, il faut espérer que ce long métrage émouvant participe à ce mouvement de recul de la transphobie dans notre société.

3.5 étoiles

 

A Good man

Film belge, français
Réalisatrice : Marie-Castille Mention-Schaar
Avec : Noémie Merlant, Soko, Vincent Dedienne, Gabriel Almaer, Alysson Paradis, Anne Loiret, Geneviève Mnich, Jonas Ben Ahmed
Scénario de : Marie-Castille Mention-Schaar, Christian Sonderegger
Durée : 108 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 10 novembre 2021
Distributeur : Pyramide Distribution

 

Photos du film Copyright Pyramide Distribution

Article rédigé par Dom

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