Les Arcs Film Festival 2020 : palmarès et bilan

S’il était possible de regarder des films en ligne jusqu’au 26 décembre, c’est vendredi 18 décembre que le palmarès des Arcs Film Festival 2020 a été dévoilé. Le voici, commenté, avec un bilan du versant « Hors piste digital » de cette singulière et belle douzième édition. En photo ci-dessus, Claude Duty, président du festival Les Arcs Film Festival, accompagné par Allison Chassagne lors de la cérémonie de clôture sur Facebook.

Palmarès des Arcs Film Festival 2020

Flèche de Cristal
Quo Vadis, Aida? de Jasmila ŽBANIĆ

Grand Prix du jury
The Whaler Boy de Philipp YURYEV

Prix d’interprétation
Toute la famille Gabarre Mendoza dans Last days of Spring
Natasa STORK dans Preparations to be Together for an Unknown Period of Time

Prix de la Meilleure musique originale
Chris ROE pour le film After Love

Prix de la Meilleure Photographie
Alexander Nanau réalisateur et chef opérateur de L’Affaire Collective

Prix du public
Quo Vadis, Aida? de Jasmila ŽBANIĆ

Prix Cineuropa
Shorta de Anders ØLHOLM et Frederik Louis HVIID

Prix du jury Jeune
Apples de Christos NIKOU

Femmes de Cinéma Sisley / Les Arcs
Agnieszka HOLLAND, réalisatrice de Le Procès de l’herboriste

Prix Cinéma et engagement environnemental
I am Greta de Nathan GROSSMAN

Prix Meilleur Court métrage
Sherbet de Nikola STOJANOVIC
Mention spéciale
Dustin de Naïla GUIGUET

Avec le Prix du public et la Flèche de Cristal, c’est la cinéaste bosnienne Jasmila Žbanić qui est au sommet du palmarès 2020 avec son long métrage Quo vadis, Aida?. Dans ce drame historique, elle relate d’un génocide perpétré par l’armée serbe sur la population de la ville de Srebrenica. Montrant les faiblesses de l’ONU, ce film assez illustratif, hormis dans son dernier segment, est avant tout porté par la comédienne Jasna Djuricic, dans le rôle d’une traductrice qui tente de protéger ses proches. Moins marquant que Les femmes de Visegrad, aussi passé par les Arcs Film Festival en 2013, on peut toutefois comprendre la décision du jury long métrage – présidé par Zabou Breitman, avec à ses côtés Amine Bouhafa, Sophie Letourneur, Vincent Macaigne et Nicolas Maury – d’avoir salué ce film.

Curieuse coïncidence, le jury court métrage, présidé par Guillaume Senez, entouré par Noée Abita, Stéphanie Carreras, Charlène Favier et Grégory Fitoussi, a remis le Prix du Meilleur court métrage à une œuvre qui répond, à notre époque, au film de Jasmila Žbanić. Sherbet de Nikola Stojanovic suit une jeune femme serbe qui fait la rencontre d’un bosnien à un concert, une rencontre entre attirance et répulsion pour une œuvre sensuelle et même attendrissante. Deux peuples sur la voie du pardon ? Le jury court a aussi donné une mention spéciale à Naïla Guiguet pour Dustin, autre film qui se déroule en partie dans le monde de la nuit, axé sur une problématique sentimentale dans la communauté LGBT. Comme ils le préciseront lors de la cérémonie en ligne, le choix de deux œuvres où les gens vivent, font la fête et l’amour est un choix inconscient en cette année de privation inédite et de distanciation physique.

« L’Affaire Collective » d’Alexander Nanau

Pour revenir aux longs métrages récompensés, il est curieux de voir The Whaler Boy repartir avec le Grand Prix du Jury : si le film se montre prometteur dans sa première partie, il finit par s’enliser dans une certaine facilité narrative. Sa photographie est probablement la plus marquante de la compétition, mais c’est le magistral L’Affaire Collective d’Alexander Nanau qui est distingué à ce prix, pour des raisons qui dépassent ses qualités plastiques. Comme le précise Vincent Macaigne, le jury a décidé de récompenser ce film ainsi pour saluer l’acte de filmer, qui est aussi un acte d’écriture. Pour ma part, ce représentant de la Roumanie aux Oscars est le film le plus fort que j’ai vu lors de cette édition : on en parle plus en détail lors de sa sortie en salle. Les deux prix d’interprétation ne sont plus genrés depuis 2019, et ils sont remportés par la comédienne Natasa Stork pour son rôle de chirurgienne au cœur chamboulé par une rencontre amoureuse dans Preparations to be Together for an Unknown Period of Time tandis que ce sont des acteurs amateurs qui sont salués avec le second prix, la famille Gabarre Mendoza qui nous conduit dans leur quotidien dans un bidonville non loin de Madrid dans Last days of Spring.
La bande originale tout en finesse de Chris Roe pour le touchant et fin After Love reçoit le Prix de la Meilleure Musique Originale.

« I am Greta » de Nathan Grossman

Pas de Prix de la presse cette année mais toujours un Prix du jury jeune, jury qui a été séduit par les déambulations dans l’univers amnésique et cocasse d’Apples de Chritos Nikou. C’est le thriller danois Shorta qui reçoit le Prix Cineuropa, une œuvre percutante qui confronte deux policiers à une population de banlieue en colère suite à une bavure ayant conduit la mort d’un jeune, un point de départ faisant tristement écho à l’affaire George Floyd – et, hélas, tant d’autres ! Le Prix Femmes de Cinéma Sisley / Les Arcs a été remis à Agnieszka Holland pour Le Procès de l’herboriste, et le Prix Cinéma et engagement environnemental salue le travail de Nathan Grossman pour I am Greta, un documentaire inspirant sur la militante Greta Thunberg – et dont on parlera aussi en 2021. D’ailleurs, j’ai décidé de n’indiquer aucune date de sortie malgré un agenda existant pour certains films : la situation sanitaire et politique actuelle ne permet pas de se projeter vers les salles de cinéma.

Hors Piste Digital : une myriade de films

« Av the hunt » d’Emre Akay

C’est donc la première fois que les Arcs Film Festival se déroulait – en partie – sur internet. Une vraie réussite avec la facilité d’utilisation de la plate-forme – à condition de bien regarder les dates de disponibilité des films –, une plate-forme très performante : les films pouvaient être visionnés avec un débit bien plus intéressant que celui de Netflix. Ajoutez à cela des interviews avec les cinéastes et comédiens, des débats et masterclass : tout pour nous faire vivre un festival à distance. Plus de 3400 personnes se sont connectées à la plateforme pour visionner près de 12 500 séances. Les bonus et masterclass ont atteint les 85 000 visionnages.

La possibilité de visionner les films sur une quinzaine de jours m’a permis de découvrir vingt longs métrages ainsi que cinq courts. De belles découvertes, notamment, en compétition, le captivant Vaurien de Peter Dourountzis dans lequel Pierre Deladonchamps campe un prédateur errant dans les rues de Limoges. En avant-première, la transformation de Noémie Merlant dans A Good man de Marie-Castille Mention-Schaar, beau film sur la parentalité, et dans les sections parallèles, des œuvres particulièrement fortes comme le film de survie intense aux paysages ahurissants Av the hunt d’Emre Akay, l’enfer du trafic de drogue juvénile de County lines d’Henry Blake, ou encore la magnifique comédie dramatique I Never cry de Piotr Domalewski, avec son voyage de la Pologne vers l’Irlande pour récupérer le corps d’un père absent. Une édition riche, qui démontre encore une fois la vitalité du cinéma européen, un cinéma sur lequel on comptera particulièrement en 2021, année qui risque d’être toujours appauvrie en films américains. Mais les fenêtres d’ouverture des salles en France de l’année 2020 ont démontré une véritable curiosité, une soif de films de la part d’un public qui dépasse le cercle des cinéphiles : des œuvres modestes ont tenu l’affiche de façon exceptionnelle, rencontrant un public qui n’aurait pas été aussi nombreux avec le règne des blockbusters. Espérons que les films primés et cités ici connaitront aussi de beaux destins, que ces présentations en ligne ne soient que de jolis aperçus avant de les (re)voir sur grand écran. D’ailleurs, Les Arcs Film Festival 2020 continuera en salle à leur réouverture, avec une programmation spéciale dans une centaine de cinémas. Une affaire à suivre prochainement, espérons-le.

Un grand bravo aux équipes des Arcs Film Festival pour avoir réussi à faire exister cette édition malgré les difficultés et incertitudes qui provoquent l’annulation de nombreux événements. Vous êtes fantastiques.

Article rédigé par Dom

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