Critique : Tommaso

Depuis Pasolini en 2014, Abel Ferrara s’était concentré sur le documentaire. Toujours avec Willem Dafoe, il revient à la fiction à Rome pour brosser le portrait d’un artiste apaisé, enfin, en apparence.

Les maux d’amour

Tommaso (Willem Dafoe) est un artiste new-yorkais, installé à Rome avec sa jeune épouse moldave, Nikki (Cristina Chiriac), avec laquelle il a une fille de trois ans, Deedee (Anna Ferrara). Comme souvent chez Ferrara, l’œuvre reflète la vie de l’artiste en y épousant des éléments forts, d’une part en faisant jouer sa véritable épouse ainsi que sa fille, mais aussi en montrant ce parcours d’un homme qui a tiré un trait définitif sur la drogue et l’alcool. On espère seulement que les maux qui affectent Tommaso n’accablent pas le cinéaste dans la réalité : si Tommaso paraît serein et apaisé, il se retrouve tourmenté par l’éloignement progressif de sa femme, avec laquelle il ne fait plus l’amour depuis la naissance de leur fille, jusqu’à glisser vers une jalousie si néfaste. Il y a quelque chose de terriblement réjouissant dans la façon de filmer ici, très particulière puisqu’elle semble venir du documentaire par sa spontanéité apparente – ce qui renforce la puissance des scènes fantasmées –, et malgré des mouvements d’appareils hasardeux, cette image numérique qui dénature certaines couleurs, où le bruit numérique envahit les nuits, offre une texture d’abord perturbante puis séduisante à Tommaso. La bonhomie et la simplicité qu’offre Willem Dafoe à Tommaso font de ce personnage loin d’être avare en anecdotes un protagoniste hautement sympathique, parfois drôle face au désir suscité par les femmes qu’il côtoie, dans son travail ou encore au détour d’un café.

Peu à peu, cet homme qui a vaincu ses pires démons, qui continue de fréquenter les réunions d’alcooliques anonymes, pratique la méditation et rédige un nouveau scénario de film, sombre dans une forme de névrose en constatant que la femme qu’il aime ne l’aime peut-être plus, que leur union ne tient plus qu’autour de cette enfant entourée d’amour. Une situation d’autant plus terrible qu’elle se construit autour du doute, d’un homme aperçu dans un parc, et de cette absence lourde de rapports sexuels. Sans traverser de vraie situation de conflit, ce mal ronge Tommaso, qui ne semble jamais prêt à renoncer à ses principes, ni à se laisser aller à la débauche, ne serait-ce qu’une fois. Tommaso cherche alors à exorciser cette fracture sentimentale, qui pourrait tout simplement procéder d’une différence d’âge, également alimentée par une différence de culture si grande. Abel Ferrara signe un long métrage organique, vivant, touché par une fraîcheur quasiment juvénile dans l’approche de la mise en scène mais aussi de son sujet – dont le scénario pourrait difficilement venir d’un ou d’une jeune cinéaste, l’expérience d’une vie remplie et mouvementée y étant si présente. Expression d’une fragilité émotionnelle au travers d’une œuvre également fragile, par certains choix, esthétiques et moraux, Tommaso montre que ce n’est pas à Rome que Ferrara signera pour la dolce vita.

3.5 étoiles

 

Tommaso

Film italien, britannique, américain
Réalisateur : Abel Ferrara
Avec : Willem Dafoe, Cristina Chiriac, Anna Ferrara, Stella Mastrantonio, Alessandro Prato
Scénario de : Abel Ferrara
Durée : 115 min
Genre : Drame
Date de sortie en France : 8 janvier 2020
Distributeur : Les Bookmakers / Capricci Films

 

Article rédigé par Dom

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