Les Arcs 2018 : Au sommet

La quatrième journée de festival a débuté en haute altitude avec un petit déjeuner en compagnie du jury long métrage à l’Aiguille Rouge, dans sa neige immaculée, et la journée s’est poursuivie avec deux découvertes cinématographiques, L’Autre continent de Romain Cogitore et Her job de Nikos Labôt.

Dès 8h, l’ascension vers l’Aiguille Rouge débute pour les festivaliers courageux, ne redoutant pas un froid terrible : la vue au sommet est une récompense unique qui vaut bien quelques efforts. Il y a toujours des rituels, comme les sucres imbibés d’elixir de Chartreuse que distribue Guillaume Calop, délégué général des Arcs Films Festival, et ce, afin d’éviter toute possibilité de geler dans l’ultime cabine pour rejoindre le sommet, mais cette année, l’ascension est un peu particulière, car il y a une nouvelle passerelle à inaugurer, offrant une nouvelle vue sur le mont pourri avec des effets vertigineux au bout des deux axes de cette passerelle, équipée de vitres donnant l’illusion de pouvoir avancer jusqu’à une terrible chute !

Mais c’est aussi un événement particulier puisque le président du jury long métrage, le cinéaste suédois Ruben Ostlund, revient en ce lieu où fut établi un record lors de l’édition 2014, celle de la projection la plus haute en Europe – à 3226 mètres – de son film tourné dans les alpes, Snow Therapy. Tout sourire, le réalisateur parfaitement équipé pour le grand froid reste plus longtemps que les autres membres du jury suite à la photo de groupe. On pourrait flâner pendant des heures avec une telle vue, d’autant que le soleil a consenti à se montrer pour la première fois depuis le début des festivités – mais le froid finit par s’attaquer à nous malgré les protections, notamment au niveau des mains, exposées pour prendre des photos. A la descente, nous croisons Romain Duris, juché sur un snowboard et analysant la carte des pistes.

Olivier Gourmet, présent notamment pour Une intime conviction, ne profite pas des avantages de son statut : il prend le bus comme tout le monde, en compagnie de sa femme, pour rejoindre Bourg Saint Maurice. Bus dans lequel je retrouve Johan Libéreau, qui sort d’une session de ski mais aussi d’une nuit trop courte. Lui aussi se rend au Centre Bernard Taillefer pour la projection en avant-première du second long métrage de Romain Cogitore, L’Autre continent. L’acteur français me présente à Déborah François, Romain Cogitore et aux producteurs du film avant le début de la projection.

L’Autre continent est un drame profondément mélancolique mais qui s’accroche toujours à une forme d’espoir. Inspirée d’une histoire vraie qui fut racontée au cinéaste, le film suit le parcours de Maria (Déborah François), jeune femme quittant Strasbourg pour devenir guide à Taïwan, non pas pour des français mais des touristes hollandais. Lors des visites des temples, elle tombe souvent sur Olivier (Paul Hamy), curieux personnage qui semble l’observer, la désirer, mais qui n’ose rien : c’est elle qui fait le premier pas, c’est elle qui doit forcer cet introverti, expert en langues – il en parle quatorze –, à coucher avec elle. Il y a déjà beaucoup de poésie dans cette première partie, avec ces beaux plans fixes cartographiant en tilt shift tout un univers de souvenirs, et il y a aussi de l’humour grâce à ces personnages d’expatriés doucement décalés, cette relation qui peine à naître malgré les efforts de Maria. Un an plus tard, le couple continue son chemin, bien que Maria refuse un engagement plus concret, et deux événements consécutifs viennent déstabiliser la relation de ces amoureux d’Asie et de langues. Olivier tombe gravement malade, il faudra retourner en France, à Strasbourg pour une hospitalisation où une leucémie est diagnostiquée. Les chances de survie du jeune homme sont si faibles, et pourtant, la présence de Maria semble bénéfique mais la jeune femme souffre aussi d’avoir abandonné sa nouvelle vie, d’avoir mis entre parenthèse l’écriture d’un roman. Dans son personnage atypique, Paul Hamy excelle tandis que Déborah François saisit brillamment ce rôle de femme passionnée et aimante. L’amour s’amplifie alors que la maladie impose la fatalité. Un amour tiraillé aussi par les limites de la médecine, prête à abandonner au nom de la science alors que le cerveau d’Olivier semble capable de contredire les pires diagnostics. Romain Cogitore raconte une histoire touchante et aussi singulière par sa trajectoire que ses protagonistes. Une vive douleur réside dans le cœur de L’Autre continent mais en esquivant tout pathos pour composer un espace plus éthéré, le jeune cinéaste livre un long métrage aux sonorités séduisantes.

Lors du débat de fin de séance, Déborah François se montre particulièrement émue, elle découvrait avec nous le film et peine à trouver les mots dans l’immédiat, si ce n’est qu’elle est fière d’avoir participé à ce film. Romain Cogitore précise que si l’histoire est réelle, les personnages eux tiennent de la fiction, pour ne pas coller à une réalité absolue qu’il ne souhaitait pas mettre en scène. On apprend également que le premier montage du film, bien plus long, comportait des scènes où il participait à la narration en voix-off. Il avoue également avoir du mal à évaluer son film, voyant dans chaque scène la condition dans laquelle elle fut tournée – un grand malheur affectant de nombreux cinéastes !

La séance suivante nous ramène à la compétition avec Her Job du réalisateur grec Nikos Labôt. Payanota (Marisha Triantafyllidou), mère de deux enfants, vit confinée à son domicile. Un foyer qui semble proche de la misère, avec une figure paternelle froide, distante, et laissant à sa femme le soin de toutes les tâches ménagères. Payanota est illettrée mais elle parvient à décrocher un boulot dans le personnel de nettoyage pour un nouveau centre commercial. Une nouvelle vie débute, avec des collègues, seconde famille au sein de laquelle se forme une véritable amitié. Payanota enchaînes les heures supplémentaires sans jamais broncher, elle se montre dévouée, servile au plus haut point. Avec son argent, elle peut désormais se montrer indépendante, offrir des choses à ses enfants, bref, elle peut vivre un peu mieux tandis que son mari se retrouve condamné à s’occuper des tâches qui incombaient à sa femme. Si les interprétations s’avèrent remarquables, avec en tête Marisha Triantafyllidou qui parvient par le regard à exprimer toute une palette d’émotions, Her job manque quelque peu de force pour évoquer l’émancipation d’une femme sous fond de crise économique. C’est peut-être l’emploi systématique de la caméra épaule qui aseptise le récit, empêchant le film de trouver une voix particulière. Malgré tout, voilà encore une œuvre avec une prétendante au Prix de la meilleure interprétation féminine – et je n’ai vu que la moitié de la compétition à ce stade.

La soirée débute au Chalet Perché Nomade : lorsque je passe la porte, les festivaliers sont déjà groupés autour du pianiste pour chanter. On peut croiser Anna Mouglalis, Cédric Jimenez, Ramzy Bédia, Felix Moati ou encore quelques équipes de film en compétition. Soudain, un regard m’interpelle, c’est celui d’Agata Trzebuchowska, découverte dans Ida de Pawel Pawlikowski et qui avait marqué le festival des Arcs en 2013. A l’époque, Agata m’avait dit ne pas être certaine de poursuivre dans le milieu en tant qu’actrice. Elle est aujourd’hui certaine de ne plus recommencer mais elle reste dans le cinéma puisqu’elle a récemment écrit et réalisé un court métrage. On poursuit la soirée O’Chaud, plutôt dépeuplé. Certes il y a du monde au Chalet Perché mais il y a sûrement des soirées qui s’organisent dans les chambres des festivaliers et en cette soirée, nous n’avons aucune piste.

Article rédigé par Dom

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