Critique : Ghostland

Multi-récompensé au dernier Festival du Film Fantastique de Gérardmer, Ghostland annonçait peut-être un renouveau dans le cinéma d’horreur écervelé de Pascal Laugier. Le film est pourtant criblé par les mêmes défauts que son précédent long métrage, The Secret. Voilà un couronnement dans le milieu fantastique totalement incompréhensible.

Horreur abjecte

Ghostland s’ouvre comme une honnête série B. Dans un bled paumé aux Etats-Unis, une femme jouée par Mylène Farmer – dans un rôle anecdotique – et ses deux adolescentes, Beth (Emilia Jones) et Vera (Taylor Hickson) vont gagner une maison isolée, héritée d’une tante. Bicoque funeste, remplie de poupées – ambiance Annabelle – et bibelots poussiéreux, dont l’imagerie convoque déjà les œuvres descendant de Massacre à la tronçonneuse. Beth, obsédée par H.P. Lovecraft, souhaite devenir écrivaine tandis que Vera se montre systématiquement odieuse envers elle et son penchant pour le fantastique et l’horreur. A peine entrées dans la demeure, les trois femmes sont agressées par une brute imposante – Rob Archer, qui rappelle Michael Berryman dans La Colline a des yeux – et une étrange femme, qui pourrait être un homme. Terrorisée, Beth n’agit pas alors qu’un torrent de violence se déchaîne autour d’elle, entre sa sœur entre les mains du colosse et sa mère se battant avec l’autre agresseuse. Déjà à ce stade, le film a basculé dans la série Z, par une mise en scène irréfléchie, un langage filmique d’une grande médiocrité. Le style est difficile à définir tant il se montre protéiforme et repoussant. Suite à cet événement cauchemardesque, Laugier nous conduit quelques années plus tard, où Beth (Crystal Reed) est devenue une romancière à succès, et dont le tout nouveau roman, inspiré par cette attaque atroce, s’annonce comme un nouveau best-seller étiqueté comme un chef d’œuvre.

Encore une fois dans le cinéma de Pascal Laugier, il y a un vrai souci pour filmer une violence extrême. La violence, à son paroxysme et lorsqu’elle touche à l’hystérie, implique une mise en scène finement travaillée, ce qu’on ne trouve jamais ici. Dans son film culte Possession, Andrezj Zulawski filme l’hystérie d’Isabelle Adjani en courte focale, en la suivant au steadicam dans les espaces ouverts, tandis que dans les intérieurs, il s’accroche à son visage, à ses réactions, mais sans que cela contamine les mouvements de la caméra. C’est ce qui apporte de la puissance à son histoire, à ses images, et qui sublime aussi le jeu de ses comédiens. Chez Laugier, c’est une véritable boucherie technique, qui ruine absolument tout le travail à l’image, des acteurs aux décors. Agrégat de nombreuses références citées dans le paragraphe précédent et terriblement mal digérées, auxquelles on peut ajouter le récent Split, Ghostland ne crée aucune atmosphère poisseuse malgré son cadre, et pire encore, il manque d’exploiter judicieusement son renversement du récit par son mode narratif poussiéreux. A grand renfort de jump scare attendus, ce film convenu et poussif déroule son programme d’atrocités sans même réussir sur le versant du gore. D’un point de vue psychologique, les enjeux sont entravés autant par la narration que par le montage. On en ressort avec la désagréable sensation d’être monté à bord d’un train fantôme détraqué, dont les trois prix à Gérardmer (Grand Prix, Prix du jury et Prix SyFy) témoignent du triste état de la compétition de ce festival. Toujours en salle, il est préférable de consacrer un créneau cinéma au désespéré La nuit a dévoré le monde, film de zombies qui, sans révolutionner le genre, se montre maîtrisé et convaincant.

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Ghostland

Film français, canadien
Réalisateur : Pascal Laugier
Avec : Crystal Reed, Emilia Jones, Taylor Hickson, Anastasia Phillips, Mylène Farmer, Rob Archer, Angela Asher
Scénario de : Pascal Laugier
Durée : 91 min
Genre : Horreur
Date de sortie en France : 14 mars 2018
Distributeur : Mars Films

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Sympa ta petite critique, mais avec du fond ça aurait été mieux, là on dirait que c’est Durendal qui a écrit.

  2. @Tipsy deed : Je pense avoir consacré plus de temps à cette chronique que lui à son découpage technique. Les commentaires constructifs, c’est pas mal aussi !

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