Les Arcs 2017 : l’embarras du choix

La neuvième édition du Festival de Cinéma Européen des Arcs a débuté samedi 16 décembre. Premiers pas (dans la neige) avec le début des festivités, La Mort de Staline, The Charmer et The Escape.

La neige tendait à manquer au cours des dernières éditions du Festival de Cinéma Européen des Arcs, mais cette année, elle fait un retour triomphal, pour le bonheur des amateurs de sport de glisse : c’est un véritable manteau blanc recouvrant toute la région qui accueille les premiers festivaliers, avec en prime, un rideau de flocons. Le village des Arcs 1950 est si enneigé que les balcons sont condamnés. Pourtant, malgré cette neige abondante, certains descendent au Taillefer aux Arcs 1800 en gardant confiance dans leurs baskets de ville, quelle bravoure !
Comme le signale Claudy Duty, président du festival, cette année la cérémonie de clôture – sic, premiers rires de la salle – débute avec seulement 25 minutes de retard, contre 40 l’année précédente. Peut-être que dans quelques années, elle débutera pile à l’heure. Se succèdent alors sur scène, et en musique, les « boss » du festival, Pierre-Emmanuel Fleurantin, Guillaume Calop et Frédéric Boyer, le maire de Bourg Saint Maurice et enfin le jury, composé par Natacha Régnier, László Nemes, Clotilde Coureau, Sami Bouajila, Evgueni Galperine, Alanté Kavaïté et présidé par Céline Sciamma, qui s’avère des plus drôles sur scène : un tacle sur l’usage de l’allemand de Bourg Saint Maurice et l’annonce qu’elle et ses compères se sont déjà fait la promesse de monter les marches du prochain Festival de Cannes en après-ski !

C’est La Mort de Staline qui ouvre le bal, film satirique d’Armando Iannuci qui retrace avec un humour noir très prononcé les dernières heures de vie du dictateur russe et la pagaille qui suivra son décès pour son entourage, familial et politique. Sujet délicat, fort un premier temps lorsqu’il traduit par le comique la peur de tout un chacun de disparaître en commettant la moindre faute. Pourtant, ce film au casting épatant (Kroutchev est joué par Steve Buscemi, Andrea Riseborough et Rupert Friend sont les enfants de Staline, Joffrey Tambor campe Malenkov, Simon Russell Beale est le terrible Beria du NKVD, Olga Kurylenko en pianiste de renom) se heurte à un souci de langage, l’anglais s’étant substitué au russe provoque un violent décalage avec la réalité et son horreur. Peu à peu, le film tourne alors à la mascarade, et chaque nouvelle situation comique, avec un sens du dialogue souvent excellent, ne fait plus mouche pour déranger profondément. Il y a sûrement une volonté de la part du réalisateur mais même la mise en scène sans inspiration constitue l’ultime barrière pour apprécier ce film dont l’irrévérence continue même dans le massacre de centaines de civil. D’autres diront peut-être que le génie de cette œuvre ce niche exactement dans ces points qui irriteront de nombreux spectateurs.

Projection aux Belles Pintes

Cette année, la population du festival semble avoir doublée : il faut dire qu’en se déroulant à cette période, le Village des Arcs 1950 est aussi peuplé de skieurs. A la brasserie 1950, l’un des lieux accueillant le dîner d’ouverture, le repas est marqué par des retrouvailles et des rencontres avec des réalisateurs et producteurs allemands – cette année, le pays à l’honneur est l’Allemagne. Après de nombreux échanges autour de tartiflette et de gratin de crozets, les festivaliers ont le choix entre rejoindre Luigi, lieu historique des fêtes d’ouverture où jouent L’Impératrice ainsi que les Naive New Beaters, ou bien de se diriger vers Les Belles Pintes pour voir Projection et un DJ set de Piège à Garçon. A hésiter entre les lieux, je finis par ne voir pas grand chose pour terminer O’Chaud, au milieu de vacanciers… Parfois, avoir l’embarras du choix n’a rien de bon !

La seconde journée de festival débute après un passage revigorant au hammam. La compétition débute au Taillefer à 15 avec le film danois The Charmer, signé Milad Alami, singulier portrait d’un immigrant iranien qui séduit des femmes dans le but de se marier et d’obtenir un précieux visa pour éviter l’expulsion. Cet homme, c’est Esmail (Ardalan Esmaili, excellent), gagnant sa vie comme déménageur et envoyant étrangement de l’argent en Iran où il semble avoir une famille. C’est la rencontre avec Sarah (Soho Rezanejad), fille d’immigrée, qui pousse le protagoniste dans l’incertitude la plus complète, alors qu’un homme le traque. Ce drame prenant, qui filme la sexualité comme un outil pour arriver à ses fins jusqu’à exprimer le trouble habitant Esmail, réussit à ne jamais sombrer vers de tristes versants pouvant procéder d’un tel récit. Questionnant la quête du bonheur, d’Esmail et de ces femmes qu’il rencontre, The Charmer souligne la difficulté d’agir avec droiture et d’assumer sa propre vie. Premier film de la compétition, et premier argument solide pour un prix en fin de festival.

Cette année, il sera plus difficile de rattraper des films de la compétition manqués au Taillefer, le choix de s’en éloigner pour une autre séance constitue donc une forme de sacrifice – toujours ce souci de l’embarras du choix ! Pour se rendre à Bourg Saint Maurice, au pied des montagnes, il faut regagner le Village 1950 pour redescendre ensuite en voiture, un sacré périple, surtout de nuit. En l’occurrence, cette expédition est réalisée pour rejoindre le cinéma La Scène, où est projeté, en séance unique, The EscapeUne femme heureuse pour son exploitation en France – de Dominic Savage, avec Gemma Arterton, Dominic Cooper et Jalil Lespert. Tara (Gemma Arterton) mène une vie de famille misérable : s’occupant des deux enfants incontrôlables, son mari (Cooper) la prend de haut et la considère aussi comme un objet sexuel, sans jamais se soucier des désirs de sa femme. Le désir est d’ailleurs au cœur de ce drame qui conduit la jeune femme à quitter son foyer pour une escapade parisienne, voyage solitaire au cours duquel elle rencontrera un véritable séducteur joué par Jalil Lespert. Alors que la partie britannique se montre poignante par la détresse de Tara, la force du jeu de Gemma Arterton et de Dominic Cooper, le second segment à Paris, esthétiquement en-dessous des premiers actes du film, affaiblit le propos du film, avec une bande originale mélodramatique omniprésente et nuisible sur la longueur. Quelque part, la nécessaire libération et l’aspect féministe se dissolvent pour un dernier chapitre décevant. Reste surtout une grande performance de Gemma Arterton, venue parler du film à l’issue de la projection avec le réalisateur Dominic Savage, le producteur Guy Heeley et Jalil Lespert, avec sa casquette de comédien donc. Photo-ci dessous.

On apprend au cours de ce Q&A animé par Claude Duty que le film s’est construit autour des comédiens jour après jour, sans s’appuyer sur un scénario définitif. Gemma Arterton, qui s’exprime en anglais pour sa première réponse, retrouve confiance en son français pour ne plus l’abandonner lors des échanges avec les spectateurs. Elle nous raconte que la maison dans laquelle ils ont tourné, dans la banlieue londonienne, est celle de son enfance. Dominic avait été y prendre des photos pour rechercher son financement et il est tombé amoureux de cet endroit glauque, ce qui fera beaucoup rire la comédienne. Les enfants du film ? Ce sont ceux des occupants actuels de la résidence. Pour ce rôle difficile, Gemma nous dit s’être inspirée de sa mère, mais surtout de sa grand-mère, qui, avec cinq enfants à charge, ne pouvait mener qu’une morne vie de femme au foyer. Question budget, le film tourne autour du million de livre, ce qui reste extrêmement modeste avec un tournage qui ne s’est étalé que sur 17 jours malgré les deux pays de tournage.

Et, pour le plaisir, une petite vidéo de Gemma Arterton s’exprimant en français :

De retour au sommet, enfin, à 1950, la soirée bat son plein aux Belles Pintes où un DJ set semble avoir attiré tous les festivaliers. Comme toujours, l’ambiance est de plus conviviales, et la soirée se termine même très tardivement dans un des appartements avec une vue superbe sur la station. Comment va continuer la semaine ? Dans la poudreuse et sous les flocons de neige, avec toujours l’embarras du choix quant aux films à découvrir.

Article rédigé par Dom

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