Critique : Corporate

Céline Sallette revient dans un premier rôle fort plus d’un an après Je vous souhaite d’être follement aimée. Dans Corporate, elle incarne une responsable des ressources humaines qui doit faire face au suicide d’un employé. Un scénario fort, des comédiennes épatantes, mais un goût de déception.

Employés jetables

Comme le chantait avec une joyeuse ironie Henri Salvador, le travail c’est la santé. La souffrance en entreprise est un fléau de notre société, et il se montre encore plus vil lorsque la souffrance est cultivée insidieusement afin de se débarrasser de certains employés en passant par la démission. Emilie Tesson-Hansen (Céline Sallette) s’avère brillante dans cette tâche, celle d’une responsable des ressources humaines qui sait exactement comment mettre un employé dans une position où il décidera de partir, de lui-même. En apparence, son entreprise aura tout fait pour le conserver, en le mettant en mobilité notamment, mais jamais en faisant un pas vers lui, jamais en considérant l’humain qui, avec sa vie privée, a des obligations, des problèmes. C’est considérer l’employé comme un simple pion, un élément jetable au besoin. Tout bascule lorsque Dalmat, un des ces éléments poussés vers la sortie, se suicide sur son lieu de travail. Dès lors, la tension monte dans son service, et bien qu’Emilie dispose de la protection du DRH, Stéphane Froncart – Lambert Wilson, en Steve Jobs de seconde zone avec col roulé et lunettes rondes –, l’enquête de l’inspection du travail que va mener fermement Marie Borrel (Violaine Fumeau) pourrait lui coûter son poste, voire plus.

Etre corporate, c’est avoir son entreprise dans la peau, la défendre en toute situation. Or, Emilie, élément corporate par excellence, voit cet incident bouleverser ses certitudes. D’abord dans le déni de ses responsabilités – l’événement n’est pas rapporté dans l’immédiat dans la sphère privée –, Emilie sera rapidement contrainte d’établir une stratégie de sortie, puisqu’elle aussi n’est qu’un pion dans cette machine infernale. Malgré son scénario très fort, le premier long métrage de Nicolas Silhol déçoit par ses choix de mise en scène. La où La loi du marché trouvait un style assez direct et naturaliste qui sied parfaitement au récit, Corporate ne trouve pas l’axe permettant de transcender le récit. La trivialité avec laquelle est filmée le monde de l’entreprise et le quotidien d’Emilie nuit énormément au film. Même la lumière ne s’y exprime jamais, reléguée à sa plus simple fonction : mettre en valeur des comédiens dans un cadre. Heureusement, les comédiens, mais plus particulièrement les comédiennes, livrent de très belles prestations. En tête, Céline Sallette, qui se glisse toujours avec aisance dans ses personnages, apportant énormément d’humanité à cette responsable des ressources humaines qui, en premier lieu, aurait pu se montrer particulièrement repoussante. Violaine Fumeau trouve également cet équilibre parfait entre fermeté de la mission et sensibilité derrière sa tâche. Alice de Lencquesaing et plus furtivement Edith Saulnier contribuent aussi à cette réussite en matière de jeu.

Manquant à gagner en intensité – faute incombant toujours à la mise en scène –, Corporate ne parvient pas à l’onde de choc nécessaire à la conclusion d’un tel récit. Le film n’en perd pas moins le mérite de son sujet fondamentalement révoltant, et ce, avec des comédiennes en pleine maîtrise de leur art.

2.5 étoiles

 

Corporate

Film français
Réalisateur : Nicolas Silhol
Avec : Céline Sallette, Violaine Fumeau, Lambert Wilson, Stéphane de Groodt, Alice de Lencquesaing, Hyam Zaytoun, Edith Saulnier
Scénario de : Nicolas Silhol, Nicolas Fleureau
Durée : 95 min
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie en France : 2017
Distributeur : Diaphana Distribution

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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