Critique : Trash Humpers

Le méconnu Trash Humpers d’Harmony Korine trouve une édition DVD française, grâce à Potemkine Films et Agnès B. DVD. Alors que le terme OVNI se retrouve de plus en plus galvaudé pour qualifier un film, voilà une œuvre provocante et malsaine qui ne vole pas le qualificatif. Radical, antipathique, désolant, et donc presque indispensable !

Dégénérescence américaine

Deux ans après Mister Lonely, le film le plus « travaillé et conventionnel » – en matière de production cinématographique – d’Harmony Korine, le réalisateur prend un virage radical en tournant ce singulier Trash Humpers. A l’origine, un projet photo dans lequel Korine capturait des clichés de ses camarades sous des masques hideux lors d’actes de vandalisme ou de fornication (simulée) avec… des poubelles. Le caractère épouvantable des photos obtenues donna envie au cinéaste de pousser le concept vers le cinéma avec un format particulier : le film a été tourné au caméscope sur cassette VHS, conférant alors un aspect de vidéo de vacances familiales des années 1990 à ce long métrage qui tient plus du cauchemar que de la balade touristique dans une banlieue américaine. La famille de Trash Humpers se situe quelque part entre l’abominable fratrie de l’épisode culte de The X-Files, « La Meute », par ces visages tuméfiés et brûlés, leur caractère bestial, et un épisode du programme abêtissant et tordant, dans une certaine mesure, Jackass. Les trois protagonistes, filmés par le quatrième, qui n’est autre qu’Harmony Korine, vandalisent des télévisions, ricanent comme des démons, rencontrent des personnages aussi étranges et simulent des actes sexuels avec des poubelles, lampadaires et boites aux lettres. Surréalistes abjections!

Dénué de toute narration, Trash Humpers aligne des saynètes d’un quotidien désolant avec des personnages dégénérescents, prenant du plaisir dans les coups les plus tordus, jusqu’au meurtre en fanfaronnade. Lent et quelque peu éprouvant par son absence de trame, Trash Humpers pousse le spectateur quelque part entre l’état de stase et de fascination par le dégoût. Par son nihilisme et ses provocations narquoises, le film évoque parfois l’oeuvre de Werner Herzog avec Les nains aussi ont commencé petits. S’il on peut chercher un message ou des pistes à explorer au travers des chants et rares dialogues de cette famille aussi repoussante que captivante, Trash Humpers repose avant tout sur sa proposition formelle, une ode à la malveillance, routine de l’horreur et de la vicissitude que l’on pourrait glisser dans son magnétoscope, en famille, pour se remémorer le bon vieux temps répugnant. Détail ultime : le générique du film est également fait à partir des options du caméscope. Hasard de l’agenda ou non, l’arrivée en DVD en France de ce film la semaine de l’investiture de Donald Trump offre une touche d’ironie et de noirceur à une œuvre qui n’en demandait pas tant !

3.5 étoiles

Sur le DVD se trouve également le court métrage Umshini Wam pour lequel Harmony Korine collabore avec le groupe déjanté Die Antwoord, dont l’univers visuel a pu aussi se nourrir de l’oeuvre de Korine (Gummo et donc Trash Humpers). Unique bonus de ce disque, ce qui s’avère assez dommage alors que l’édition américaine compte une quinzaine minutes de scènes coupées, le court métrage Mac and Plak monté à partir de rushs non utilisés ici, et le court métrage Blood of Havana.

 

Trash Humpers

Film américain
Réalisateur : Harmony Korine
Avec : Rachel Korine, Brian Kotzur, Travis Nicholson, Harmony Korine
Scénario de : Harmony Korine
Durée : 78 min
Genre : Drame
Disponible en DVD depuis le 17 janvier 2017
Distributeur : Potemkine Films / Agnès B. DVD

Bande Annonce (VO) :

Article rédigé par Dom

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