Critique : Miss Peregrine et les enfants particuliers

On pouvait penser que Big Eyes, sorti l’an dernier, marquerait un tournant dans la carrière de Tim Burton, sous forme d’un nouveau départ. Face à Miss Peregrine et les enfants particuliers, on réalise qu’il n’en n’est rien, le cinéaste californien explorant un univers qui lui sied sans parvenir à l’éclat de ses grands films. Un conte fantastique somme toute bien ordinaire.

Boucle Burtonienne

Dans cette adaptation d’un roman de Ransom Riggs, des enfants dotés de pouvoirs vivent dans des orphelinats cachés de notre monde, évoluant dans une boucle temporelle qui les conduit à revivre ad vitam æternam la même journée. C’est aussi ce qui affecte le travail de Tim Burton, car si l’on fait fi de Big Eyes, son précédent long métrage n’était rien de plus qu’un plat réchauffé, Frankenweenie ayant marqué son début de carrière en court métrage. L’avenir ? Une suite à son film culte Beetlejuice. Dans Miss Peregrine et les enfants particuliers, un enfant a pour pouvoir de projeter ses rêves – dans un plan assez joli d’ailleurs – à ses camarades. Serait-ce Tim Burton, dont l’imaginaire serait enrayé ? Son film convoque autant des œuvres telles que Harry Potter ou Un jour sans fin avec un brin de X-men. Melting pot qui ne transcende jamais son genre. Le jeune Jake (Asa Butterfield) retrouve son grand-père sans vie dans son jardin. Ses yeux ont disparus, laissant place à de funestes orifices. Quand il était enfant, son grand-père, joué par Terence Stamp, lui contait son passé, les histoires de ses camarades dotés de pouvoirs, menacés par des créatures monstrueuses. Mais en grandissant, Jake s’est détourné des récits de son ancêtre pour mieux y plonger à quelques pas de l’âge adulte. En quittant les Etats-unis pour le Pays De Galles, Jake va découvrir un passage menant vers l’orphelinat dont parlait son grand-père, orphelinat pourtant détruit par une bombe le 3 septembre 1943. Mais tout semble reprendre vie sur ce domaine dirigée par Miss Peregrine (une Eva Green au jeu plein de tics), mais surtout, l’amour de jeunesse de son grand-père, Emma (Ella Purnell) s’intéresse à Jake.

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Miss Peregrine et les enfants particuliers tait sa menace durant de longues minutes, au profit de la découverte des enfants de l’orphelinat et des rituels du lieu. Force herculéenne pour une petite fille, capacité de donner la vie à n’importe quelle créature inerte par un adolescent, ou le contrôle de l’air par Emma, qui est obligée de se déplacer avec des chaussures de plomb pour ne pas s’envoler. Dans ce cocon, quelques scènes brillent de la patte burtonienne, comme un combat de créations macabres en stop-motion ou encore la façon très particulière de dévorer du poulet par une petite fille aux cheveux bouclés, mais jamais la magie ne saisit le spectateur, simple visiteur d’une petite troupe vivant en autarcie jusqu’à ce qu’une menace les pousse à déguerpir. Même la logique de répétition temporelle ne prend pas vie ici, n’existant qu’au travers de scènes ponctuelles qui ne seront pas ré-exploitées. Pourtant, ce conte aux accents ténébreux semblait le parfait matériau pour Tim Burton, mais le cinéaste parcoure cette histoire sans plonger dans les zones qui auraient permis à ce film d’être particulier. En figure du mal, Samuel L. Jackson campe un parfait personnage aux yeux blancs et dents acérés, mais il n’est qu’une pâle figure si l’on se remémore les méchants qui ont pu habité l’oeuvre de Burton, notamment dans ses Batman. Immortalité et appétit pour les yeux occupent les enjeux de la dernière partie du film, qui lance vraiment – ou enfin – l’aventure en obligeant les enfants, avec Jake pour leader, à affronter des monstres invisibles.

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La plus grande émotion du film, dont on peut se passer de la version 3D, se niche dans une scène d’une grande simplicité, dépourvue des effets spéciaux qui agiteront une bataille au cœur d’une fête foraine : un appel téléphonique du grand-père de Jake, alors jeune, à son petit-fils, dans l’orphelinat. C’est précisément ici que Tim Burton, dans un geste pur et sobre, parvient à sublimer le fantastique, parler avec un être disparu à une époque où notre existence relève déjà de l’impossible. Dommage que cet éclair grandiose soit un élément si rare dans cette aventure somme toute peu originale, certes soignée et plus habitée que certaines œuvres destinées à un jeune public aujourd’hui. Tim Burton voit, encore une fois, petit.

3 étoiles

 

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Miss Peregrine et les enfants particuliers

Film américain, belge, britannique
Réalisateur : Tim Burton
Avec : Asa Butterfield, Eva Green, Samuel L. Jackson, Chris O’Dowd, Ella Purnell, Finlay MacMillan, Judi Dench, Terence Stamp
Titre original : Miss Peregrine’s Home for Peculiar Children
Scénario de : Jane Goldman, d’après le roman de Ransom Riggs
Durée : 127 min
Genre : Fantastique, Aventure
Date de sortie en France : 5 octobre 2016
Distributeur : Twentieth Century Fox France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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