Critique : Nerve

Dans Nerve, un énigmatique jeu sur internet pousse la jeunesse new-yorkaise à relever des défis de plus en plus dangereux contre de jolies sommes d’argent. Une adaptation du roman Addict de Jeanne Ryan par le duo Henry Joost/Ariel Schulman, derrière les épisode 3 et 4 de la série horrifique Paranormal Activity. Séduisant artistiquement, Nerve finit par s’égarer dans son propos dans un improbable (et idiot) cheminement.

Jeux interdits

Le film débute à la façon d’Unfriended, dans l’écran même du Mac de Vee, jouée par Emma Roberts. Musique, réseaux sociaux, Skype avec son amie Sydney (Emily Meade), présentation de Nerve et les éléments du récit se mettent en place avec une patte résolument moderne. Une entrée en la matière parfaite pour ce film qui aborde les dérives du web, entre vie privée totalement exposée et phénomène de meute grâce à un jeu où les spectateurs, anonymes, décident du sort des joueurs. Ce jeu, baptisé Nerve, est une application secrète qui, une fois installée, demande de choisir entre le camp des joueurs et celui des voyeurs. Les joueurs doivent relever des défis qu’ils filment avec leur téléphone mobile afin de toucher des sommes d’argent de plus en plus grandes, mais les risques sont également proportionnels. Aussi, un seul joueur parviendra au sommet pour remporter le jackpot, les autres se voyant privés de leurs gains. Vee se jette à l’eau suite à une déception sentimentale provoquée par Sydney, et son premier défi la conduit à embrasser dans un café Ian (Dave Franco), un joueur également. A la demande des voyeurs, les deux jeunes devront collaborer dans les rues de New-York. Romance à l’horizon tandis que le mystère plane sur le passé de Ian. Alors que Vee réussit ses défis, sa mère campée par Juliette Lewis s’interroge sur les virements bancaires reçus et ses amis s’inquiètent par son comportement. La machine s’emballe dangereusement.

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Henry Joost et Ariel Schulman adoptent une mise en scène dynamique, loin d’être avare en plans sans trouver d’effet brouillon, mais surtout portée par une photographie accentuant les lumières électriques de la ville. Au cœur de cette atmosphère nocturne aux néons étincelants, le duo Emma Roberts et Dave Franco se livre à un parfait jeu de séduction sous l’impulsion de Nerve. Malgré ces arguments favorables, qui auraient pu conduire Nerve à dresser un constat passionnant sur les maux affectant les adolescents – course à la célébrité sur internet et exposition complète de sa vie sur la toile, soif d’argent au péril de sa vie et de ses relations, voyeurisme maladif –, le film de Joost et Schulman déraille dans sa seconde partie. D’une part, les détails invraisemblables se cumulent. On pourra passer le fait que les téléphones mobiles soient dotés de batteries nucléaires pour tourner aussi longtemps en mode vidéo, mais comment accepter qu’une application aussi populaire soit paradoxalement sous le radar de toute forme d’autorité ou de contrôle quelconque ? Quelque part, le concept est biaisé, d’autant plus que la scénariste Jessica Sharzer se permet au fil du film de tabler sur des faits totalement irréalistes – cette dernière n’a jamais du émettre d’autorisation de prélèvement bancaire et encore moins compris l’utilité et le fonctionnement d’un programme open source ! Bien que le suspense soit au rendez-vous dans quelques séquences risquées, Nerve tourne alors au film de survie lourd et imbécile, conduisant les héros vers une arène morale absolument affligeante. Le potentiel de se démarquer des Hunger Games, Divergente et autres récits visant les « adulescents » était bien là, mais l’option de la facilité narrative, au détriment de tout propos véritablement intelligent, a été choisie. Inutile d’envisager aussi tout message transgressif, la bienséance règne. A propos d’une jeunesse en perte de repère et dans un style esthétique encore plus prononcé, on préférera ressortir le fabuleux trip d’Harmony Korine, Spring Breakers.

2.5 étoiles

 

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Nerve

Film américain
Réalisateurs : Henry Joost, Ariel Schulman
Avec : Emma Roberts, Dave Franco, Emily Meade, Miles Heizer, Machine Gun Kelly, Juliette Lewis
Scénario de : Jessica Sharzer, d’après le roman Addict de Jeanne Ryan
Durée : 96 min
Genre : Thriller
Date de sortie en France : 24 août 2016
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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