FIFC 2016 : Quinze réalisateurs

Découverte du travail de pas moins de quinze réalisateurs lors de la 2ème journée du Festival International du Film Culte. Et ce, en trois films seulement : Wonderland, Journal d’un photographe de mariage et Willy 1er. La fin de journée fut animée par un concert dans l’église Bonsecours – photo ci-dessus – et une soirée au bar Les 4 Chats.

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La journée débute par un long métrage suisse réalisé par dix cinéastes, Lisa Blatter, Grego Frei, Benny Jaberg, Jan Gassmann, Carmen Jaquier, Michael Krummenacher, Jonas Meier, Tobias Nöle, Lionel Rupp – présent pour parler du film – et enfin Mike Scheiwiller. Wonderland n’est pas un film à sketchs malgré les nombreux réalisateurs à la tête de ce projet mais un film choral d’anticipation, dans lequel un menaçant nuage apparaît au centre de la Suisse pour recouvrir tout le territoire et engendrer le chaos. D’un conducteur de taxi à une policière en passant par un supporter de football, Wonderland embrasse un vaste échantillon de la population suisse aux quatre coins du territoire. Anxiogène par son atmosphère apocalyptique, au fur et à mesure que le chaos grimpe et que l’électricité disparaît, l’oeuvre signée à vingt mains s’attaque à une société qui n’ose pas regarder ses défaillances et défauts. Ne durant seulement que 99 minutes, Wonderland s’avère toutefois dispersé par sa multitude de personnages, dont certains ne prennent aucune ampleur dans le récit afin de cristalliser son noir propos. Peut-être aussi que le travail à dix, malgré une homogénéité dans la photographie du film, ait aussi lissé l’approche de la mise en scène de chacun pour aboutir à un long métrage s’équilibrant entre ses forces et faiblesses. En salle le 13 juillet 2016.

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A peine sortis du Cinéma éphémère que l’on s’y engouffre à nouveau pour découvrir un moyen métrage de 40 minutes de Nadav Lapid (Le Policier, L’Institutrice), Journal d’un photographe de mariage.

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Dans ce curieux film, on suit Y., un photographe de mariage qui expose sa vision particulière de l’union sacrée et de son approche pour filmer les futurs mariés. Décalé, avec des pointes d’humour, le film explore, sous l’impulsion de son étrange protagoniste, le déraillement possible du couple à l’aube de la cérémonie, à l’aube du grand saut – littéralement. Une pastille déconcertante, dont le potentiel narratif aurait pu donner naissance à un long métrage.

Le déjeuner est l’occasion de faire la rencontre de cinéastes en compétition, Lionel Rupp (Wonderland), Mehmet Can Mertoğlu (Album de Famille), ainsi que les quatre jeunes cinéastes derrière Willy 1er, les frères Zoran et Ludovic Boukherma, Marielle Gautier et Hugo P. Thomas, dont le film ouvrira le bal des projections l’après-midi. Le déjeuner s’oriente naturellement sur des conversations cinématographiques jusqu’à ce que Mehmet manifeste son envie de voir le match de l’Espagne contre la Turquie dans la soirée – ce que nous ferons en compagnie de Lionel, puisque j’avais déjà découvert à Cannes le film allemand en compétition au même moment, Toni Erdmann de Maren Ade.

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Willy 1er tient de rencontres : Zoran, Ludovic, Marielle et Hugo se sont rencontrés à l’école de la Cité, tous issus de la première promotion. Ensemble, ils ont déjà réalisé deux courts métrages en 2015, Perrault, La Fontaine, Mon cul et Ich Bin Ein Tata, tous deux portés par Daniel Vannet, un inconnu, la cinquantaine, qui remporta le prix d’interprétation à Clermont-Ferrand en 2015. Alors illettré, Daniel fut découvert par les réalisateurs dans un reportage, et le premier court se consacre d’ailleurs à ce problème qui handicapait Daniel au quotidien, notamment après son licenciement dans l’entreprise pour laquelle il avait toujours travaillé.
Pour ce long métrage, plus question d’illettrisme mais de porter un regard sur la vie de Daniel Vannet tout en se portant vers la fiction. Il campe donc Willy, qui à plus de cinquante ans, vit toujours chez ses parents avec son frère jumeau. Tout bascule lorsque ce dernier se suicide et que ses parents décident de le placer dans une institution spécialisée. Vient le temps de la révolte et du courage pour Willy, qui décide qu’il pourra se trouver un emploi, un logement, des amis et même un scooter. A l’orée de la moquerie pour dégoter la tendresse, Willy 1er met en lumière une volonté de fer dans un récit initiatique où la cruauté rode toujours dans le sillon des plus faibles. Souvent drôle et touchant, Willy 1er ne met face à sa caméra que des amateurs, à l’exception de Noémie Lvovsky qui apporte une délicatesse extrême dans les scènes qu’elle partage avec Daniel Vannet. Les quatre cinéastes dévoilent avec une certaine assurance leur volonté de traiter du réel avec ce parcours lumineux. Une manière tendre et sincère de se pencher sur des classes sociales sous-représentées dans notre cinéma. Une oeuvre à la réalisation sobre, au service de son comédien principal. Willy 1er marque une double réussite, celle de Daniel Vannet qui n’a jamais baissé les bras et celle de quatre jeunes cinéastes qui prennent leur envol à peine sortis de leur école.

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A l’issue de la projection, le public semble conquis, tout comme le jury, visiblement au complet – ce qui n’est pas toujours le cas. De JoeyStarr à Laurent Baffie en passant par Arielle Dombasle, les félicitations pleuvent jusqu’à ce moment presque surréaliste : sur scène, Romain Léger, qui joue un homosexuel dans le film, est un transformiste qui déclare se glisser aussi sous les traits d’Arielle Dombasle. Pourrait-il nous duper pour remplacer la jurée pour la fin du festival ?

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La soirée débute par un concert dans l’Eglise Bonsecours, lieu incongru à l’acoustique géniale, dans lequel se produit le Quatuor Playmobil, un duo – vous lisez bien, cet article a été rédigé en toute sobriété – de musiciens jazz ainsi baptisés par le fondateur du festival, Karl Zéro. Sur scène, les deux hommes réinterprètent brillamment des thèmes mythiques de film, allant des westerns aux splendides morceaux de Nino Rota, notamment pour Federico Fellini mais aussi le cultissime thème du Parrain. De Chantons sous la Pluie au Bang Bang de Nancy Sinatra dans Kill Bill Vol. 1 sans oublier Lawrence d’Arabie, les morceaux trouvent de nouvelles couleurs grâce aux instruments employés par les deux musiciens : synthétiseur, xylophone, batterie, clochettes, trompette, guitare et autres curiosités. Grâce à l’enregistrement de boucles musicales, les deux artistes parviennent à obtenir une grande richesse musicale à quatre main, d’où l’évocation d’un quatuor à deux. Le public présent, sous le charme, en redemande après une heure d’un spectacle tout à fait génial – une vidéo sera mise en ligne en début de semaine prochaine.

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La nuit, suite à la large victoire de l’Espagne sur la Turquie dans le cadre de l’Euro, la fête se déroule au bar Les 4 Chats où se trouve l’exposition de photographies de Michel Tréhet, « Mademoiselle Barbie ». La fameuse poupée de Mattel se retrouve dans des lieux et films cultes, comme au volant du taxi jaune de Robert De Niro dans Taxi Driver. L’exposition se prolongera bien au-delà du festival puisqu’elle s’achèvera le 12 septembre 2016. Toujours en compagnie de Mehmet Can Mertoğlu et de Lionel Rupp, nous discutons cinéma, mojito en main, tandis que les membres du jurys dînent dans la partie restaurant en face de nous. Impossible de quitter les lieux sans être mis cordialement dehors au cœur de la nuit : la réplique culte du soir, JoeyStarr qui, débarquant dans le bar sous de la musique pop s’écrie « C’est quoi cette musique de merde ? » La question restera en suspens.

Article rédigé par Dom

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