FIFC 2016 : Naissance d’un festoche

Première journée de la première édition du Festival International du Film Culte à Trouville-sur-mer. C’est beau de voir naître un festival, son organisation mise à l’épreuve, les premiers festivaliers pénétrant dans l’unique salle de projection et la magie qui opère. Au programme trois films, Album de Famille, Les Galettes de Pont-Aven et enfin Les Clefs de bagnole mais aussi l’inauguration de l’exposition Harcourt.

Arrivé à Trouville-sur-mer avec une météo instable mais clémente : est-ce qu’une première édition d’un festival répondrait à l’adage « Mariage pluvieux, mariage heureux » ? En tout cas, Karl Zéro et Daisy d’Errata auront eu une panoplie de faibles et courtes averses, vite balayées par un soleil radieux. Et puisque mon train ne m’a pas permis de voir la véritable première séance, dans le cadre des films cultes, Les Triplettes de Belleville, c’est en début d’après-midi que tout a débuté avec Album de Famille de Mehmet Can Mertoğlu, premier film de la compétition.

C’est au niveau du casino Barrière de Trouville que se trouve le centre névralgique du festival, ne disposant que d’une salle baptisée à juste titre « Cinéma éphémère » que certains connaissent peut-être grâce aux Off Courts de Trouville se déroulant en septembre. A la différence que l’orchestre ne voit pas des sièges classiques mais une collection de confortables fauteuils et canapés pour les festivaliers et membres du jury. Un premier film pour lequel je suis entouré par le camarade John Plissken du Daily Mars, le réalisateur Sylvain Chomet et « Monsieur Pub » Jacques Séguéla, membres du jury : c’est d’ailleurs par la publicité de la Citroën Xantia Activia avec Carl Lewis que débute la séance, suivie par un petit sketch automobile de Karl Zéro et Daisy d’Errata vantant les mérites de la Citroën E-mehari, modèle électrique.

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Après une courte présentation de la programmatrice Anaïs Tellenne, le cinéaste turque n’étant pas encore arrivé au festival, le film débute avec la petite déconvenue de constater que des fuites de jour ne plongent pas la salle dans le noir complet. Mais qu’importe. Premier long métrage de Mehmet Can Mertoğlu, passé par la Semaine de la Critique cette année, Album de Famille suit le quotidien d’un couple infertile qui souhaite adopter un enfant en faisant croire à leur entourage qu’il est le fruit de leurs ébats. Par une mise en scène non outrancière, aux cadres rigoureusement composés, le cinéaste réalise une virulente critique de la société turque malgré sa quiétude apparente. Relativement drôle, le parcours de ces futurs parents finalement minables par leur démarche permet de saisir les dysfonctionnalités d’un pays qui se voile la face – on pense, sous une autre tonalité, à Baccalauréat de Cristian Mungiu, récompensé du prix de la mise en scène à Cannes. Des services sociaux aux services de police en passant par les scènes du quotidien – salle de classe, matchs de football –, Mehmet Can Mertoğlu pointe du doigt les méfaits banalisés de sa patrie. Âpre, le récit peut rebuter par sa déconcertante austérité, sa noirceur révélée par le prisme d’un regard désabusé, quelque peu cynique. Au fond, ces parents pathétiques – ils vont jusqu’à’ réaliser un album photo bidon de la grossesse et de l’accouchement – sont-ils le produit de leur société ou bien un couple aillant déraillé dans leur quête parentale ? Au spectateur de constituer son opinion au terme de cette comédie dramatique qui ne fait rien pour séduire mais tout pour marquer – la dureté des premiers et derniers plans notamment. Belle idée d’avoir choisi en ouverture de compétition une oeuvre traitant de la natalité, en adéquation avec la naissance du festival !

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Karl Zéro et JoeyStarr au centre des attentions

Karl Zéro et JoeyStarr au centre des attentions

Après un passage au bar du festival, L’Embellie et sa terrasse ensoleillée, direction la Galerie du Musée de l’Office de tourisme sur les coups de 19 heures pour le vernissage de l’exposition Harcourt, dont les portraits de célébrités ne sont plus à présenter. Etaient présents au milieu des portraits de Jean Gabin, Isabelle Huppert, Romy Schneider, Catherine Deneuve, Jacques Chirac et consorts, Karl Zéro, JoeyStarr et le président du jury Jean-Pierre Marielle, amusant la galerie par ses remarques qui semblent sortir de sa filmographie. Un vernissage réussi qui me permet de discuter avec Anaïs, la programmatrice et de faire la rencontre de ses amis évoluant aussi dans le monde du cinéma.

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Salle presque comble à 21 heures pour Les Galettes de Pont-Aven de Joël Seria, présent en compagnie de Jeanne Goupil et naturellement Jean-Pierre Marielle. Accueilli sous de chaleureux applaudissements, Marielle déclare « Ah ça fait du bien ça ! Eh bien on va aller se coucher. » Sur scène, la présentation du film tourne au petit moment de délire tant Jean-Pierre Marielle se montre malicieux – la vidéo sera mise en ligne en début de semaine prochaine. La séance sert aussi en quelque sorte de cérémonie d’ouverture, Karl Zéro déclare d’ailleurs qu’il espère que le festival, à sa première édition, connaîtra une quarantième édition qu’il ne connaîtra pas, au contraire d’Arielle Dombasle, qui ne bronche pas suite à cette vanne. Laurent Baffie en ajoute une louche que tacle JoeyStarr en lançant « Mais il est invité lui ? » Voilà pour l’ambiance détendue et bon enfant. Après une séance de photos avec l’équipe et le jury au complet, le film débute face à un public chauffé à bloc.

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Dans la comédie grivoise Les Galettes de Pont-Aven, Jean-Pierre Marielle campe Henri Serin, un représentant qui vend des parapluies mais dont la vraie passion est la peinture, ainsi que les femmes, et plus particulièrement leurs fesses. La passion du cul, pour résumer ! Lorsqu’il rencontre une belle canadienne par un heureux hasard, son quotidien bascule par la force de l’amour mais le bonheur ne durera pas. Fugueuse et dotée de dialogues succulents, la comédie de Joël Séria prend un véritable tournant désespéré lorsque le protagoniste sombre dans le regret et l’alcool. Une œuvre joyeusement subversive, portée par les regards libidineux de Marielle et ses déclarations enflammées face aux postérieurs de femmes qui le conduisent dans un état d’extase. Dans culte, il y a cul, et Marielle insista à juste titre sur ce point avant le lancement du film – projeté en DVD, à défaut d’avoir un DCP sous la main, tout comme le film suivant.

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La journée s’achève par la projection de minuit tout à fait géniale du mésestimé (et planté au box office) Les Clefs de bagnole de Laurent Baffie. Cette fois, il n’y a plus qu’une trentaine de festivaliers dans la salle, ce qui n’empêche pas le réalisateur de déclarer que cela double le nombre d’entrées totales de son long métrage, un échec phénoménal – et le plus triste dans cette histoire, c’est qu’il déclare dans son film qu’il réalise une merde qui ne marchera pas. Il s’agit d’une méta-comédie qui débute par la recherche de producteurs de Laurent Baffie, qui souhaite réaliser une comédie sur la perte de ses clefs de bagnole, et qu’il finira par retrouver dans sa poche gauche alors qu’il les glisse toujours dans sa poche droite. Idée géniale que d’annoncer la chute avant même que le film ait réellement débuté. Les producteurs – d’Alain Sarde à Dominique Farrugia – se moquent de son projet qu’il tourne avec Daniel Russo. Pluie de stars françaises du cinéma dans cette œuvre dont le casting explose l’incroyable Les Cent et une nuits de Simon Cinéma d’Agnès Varda. Complètement déluré, ce méta-film incroyable étale tout un parcours insensé afin de retrouver les fameuses clefs tout en rendant hommage au cinéma en jouant sur les formes et les genres – on passe par le dessin animé à l’animation en pâte à modeler ou encore en 3D. Baffie va même jusqu’à y incruster des micro trottoirs géniaux qui font résonner les questions du film avec des passants. En compagnie de Daniel, il croise sur sa route des personnalités telles que Gérard Depardieu (fromager), Jean-Marie Bigard (directeur de banque) ou encore Michel Galabru (son instituteur qui lui disait déjà que son scénario est une grosse bouse). A un rythme infernal, Laurent Baffie multiplie les sketchs et les traits d’humour absurdes et surréalistes avec une énergie prodigieuse où tout et n’importe quoi peut survenir, d’un chien dressé pour chercher des clés à un spectacle avec des dauphins de Marineland. A en pleurer de rire, il faudrait réhabiliter ce film qui éclate sans mal bon nombre de productions françaises actuelles. A l’issue de la projection, la poignée de festivaliers félicite le réalisateur qui n’a pas pris le temps de se restaurer pour présenter et revoir son film, tout comme Arielle Dombasle – et les deux jurés filent au restaurant à pied. Une sacrée claque définitivement culte pour achever cette première journée du Festival International du Film Culte, débutant à petits pas de façon fantastique.

Article rédigé par Dom

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