Critique : Everest

Retraçant une tragédie survenue sur le Mont Everest en 1996, le nouveau film de Baltasar Kormákur allie le sensationnel au drame avec un vrai sens de l’équilibre et un casting assez impressionnant. Sortez les polaires.

Very Bad Trip

Dans sa première partie, Everest laisse une étrange sensation : celle de ne pas faire l’ascension du célèbre mont. Tout se déroule trop vite, certains obstacles sont écourtés par des ellipses, le projet semble nous glisser entre les doigts. Et puis le sommet est atteint, et le drame pourra commencer, de façon individuelle et dans ses moindres détails. Devenu un véritable commerce au milieu des années 1990, l’ascension de l’Everest n’est pas filmé par Baltasar Kormákur comme un exploit mais un dangereux circuit touristique qui devait déraper tôt ou tard. Plusieurs compagnies proposaient pour un petit pactole d’atteindre le plus haut point de l’Everest dans des conditions devenues lamentables par le nombre d’expéditions se déroulant en même temps, le sommet n’étant accessible que sur une courte période de l’année. Le drame se construit lentement, au fil de la découverte des personnages mais aussi des dangers de la haute montagne, dangers qui, négligés pour permettre à tout un groupe de poser au sommet, conduira à la mort de plusieurs alpinistes. Doté de plans impressionnants, Everest, qui fut tourné au Népal et dans les Alpes italiennes, permet à Jason Clarke de retrouver un rôle consistant et humain dans lequel il excelle, guide de la société Adventure Consultants répondant au nom de Rob Hall. Peu convaincant dans des blockbusters comme La Planète des singes: l’affrontement ou encore Terminator Genisys, Clarke touche à l’excellence en s’emparant parfaitement de la substance dramatique (et physique) du film, entouré par d’autres alpinistes campés par Josh Brolin, Jake Gyllenhaal ou encore John Hawkes pour ne citer qu’eux.

everest

Le déraillement qui conduira à la mort de plusieurs des protagonistes est loin d’être inattendu . Adapté du livre autobiographique Tragédie à l’Everest de Jon Krakauer, présent lors de l’expédition, le film porte un regard global sur les éléments qui ont mené à un drame alors consternant avec le recul, bien qu’un miracle se produise dans cet enfer blanc. Lorsque l’état d’alerte est lancé et que certaines épouses sont informées des événements – parmi elles, Robin Wright et Keira Knightley –, Everest parvient à conserver son intimisme, ne virant ni au tonitruant film catastrophe, ni au mélodrame pompeux. L’émotion surgit alors sans artifice, au détour d’un appel ou d’une disparition soudaine du cadre. Exploité dans une 3D un peu superficielle mais loin de nuire à l’esthétisme du film, Everest livre un témoignage partagé entre l’instinct de survie et la fatalité, confrontation directe entre l’homme et ses capacités – morales, physiques, financières – et l’oeuvre redoutable d’une nature impitoyable, insidieusement hostile. Reste alors la question du pourquoi de l’entreprise à l’échelle individuelle, pourquoi mettre sa vie en péril pour une telle expédition ? Si certains se sentaient investis d’une mission, d’autres, ayant péri, n’auront pas pu émettre d’éclairement sur cette bravoure mercantile qui perdure encore, causant toujours la mort d’une poignée d’alpinistes chaque saison.

3.5 étoiles

 

everest-affiche

Everest

Film britannique, américain, islandais
Réalisateur : Baltasar Kormákur
Avec : Jason Clarke, Naoko Mori, Michael Kelly, John Hawkes, Emily Watson, Jake Gyllenhaal, Josh Brolin, Robin Wright, Keira Knightley
Scénario de : , Simon Beaufoy
Durée : 121 min
Genre : Drame, Aventure, Biopic
Date de sortie en France : 23 septembre 2015
Distributeur : Universal Pictures International France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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