NIFFF 2015 : folie festivalière

Quatrième et cinquième journées au NIFFF. Au programme, des yakuzas vampires, des guêpes mutantes, des adolescents suicidaires, un plan à trois, une étrange réunion amicale, un western et un massacre familial.

Pêle-mêle, la quatrième journée permet de découvrir deux films au temple du bas – nouvelle découverte, encore une salle non climatisée mais bénéficiant d’un écran splendide. Le premier est Yakuza Apocalypse de Takashi Miike, l’histoire d’un yakuza vampire transformant toute la population d’une ville. Le film ne va pas plus loin que son pitch pour se lancer dans des séries d’affrontements de plus en plus extravagants, à renfort de personnages improbables comme ce terroriste dans un costume de grenouille. Il y a une certaine énergie mais le film s’avère bien trop long pour captiver. Miike dynamise un peu la fin par son penchant pour le surréalisme portant l’étendard du n’importe quoi vers des sommets déjà explorés par le réalisateur japonais. Stung pour sa part débute comme un parfait midnight movies – il sera projeté ainsi vendredi, nous le découvrons en fin d’après-midi. Une réception tourne à la catastrophe lorsque les convives sont attaqués par des guêpes mutantes, les transformant eux-même en gigantesques et pugnaces créatures ailées. Suivant le principe d’un film de zombie, Stung coule par son manque d’idée complète en matière de narration et même de mise en scène. On sauvera les effets spéciaux, beau mélange d’effets old school et d’effets numériques.

"Yakuza Apocalypse" ou l'art du surréalisme

« Yakuza Apocalypse » ou l’art du surréalisme

La journée permet aussi de discuter un peu avec Chris Carter au Théâtre du passage. Le créateur de The X-files se montre disponible et sympathique. Lorsque je lui déclare que certains épisodes m’ont provoqué d’horrible cauchemar dans mon enfance, il me répond que c’était justement le but recherché. La nuit, avec la bande, nous nous retrouvons face à Excess Flesh en séance de minuit. Le réalisateur et sa comédienne sont présents sur scène, et il nous déclare qu’il n’en voudra à personne qui pourrait quitter la projection, son film se prêtant peu à une projection à cette heure tardive. Nous donnons vingt minutes malheureuses au film, et l’absence de sous-titres alors que les personnages sont en boite de nuit nous pousse rapidement vers la sortie et la grande tente. La journée termine au petit matin suivant ! Mais il y a eu aussi la projection de Love. Si la qualité de la projection, avec des lunettes passives, est loin d’atteindre la splendeur de celle du Festival de Cannes, les festivaliers compensent avec l’ambiance, lançant quelques blagues au cours du film et des applaudissements à quelques instants… éjaculatoires ! Si en revoyant le film le trip reste intact, la limite des dialogues explose en plein visage.

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La belle découverte est en compétition avec Bridgend, film de Jeppe Rønde qui se déroule dans la ville éponyme au Pays de Galles. Bordée par une vallée et une lugubre forêt, la ville est frappée par des suicides en série de la part d’adolescents, qui s’adonnent à des rites dignes d’une meute morbide : mur des morts sur internet, culte des disparus, bains de minuit, … Le film saisit d’emblée par la magnifique composition de ses cadres, son montage fluide et pertinent. C’est au travers d’une nouvelle venue en ville, Sara (Hannah Murray), que se dévoile ce drame pesant et pessimiste. Si le film ne cherche pas à trouver d’issue au phénomène, il le met en lumière avec une proposition cinématographique forte. Le plus triste étant que le réalisateur se base sur un phénomène réel et qui perdure encore aujourd’hui. Entre le dialogue rompu avec le monde adulte et la fascination par la mort vue comme une libération, Bridgend se détache des films fantastiques de la compétition par son style mais marque profondément le spectateur de son empreinte funeste. Une réussite.

Invitation-kusama

La quatrième journée commence et termine en vrac avec un soupçon d’improvisation. Quelque peu en retard pour la projection presse de The Invitation, j’entre dans le Temple du bas alors que le film a débuté. Un couple coréen parle de leur fils devenu vampire et alors que le père le renie, la mère contacte des banques de sang à sec. Plutôt prenant, le film s’arrête subitement. C’était simplement un essai de projection, je suis dans la mauvaise salle ! J’arrive donc d’autant plus en retard devant le vrai film de Karyn Kusama. Il s’agit d’un huis clos paranoïaque sous le signe des retrouvailles et du deuil. Il y règne une ambiance délicieusement malsaine, Will (Logan Marshall-Green) voyant dans cette petite fête quelque chose d’insidieux. Rondement mené et tenu par d’excellents comédiens, ce thriller fait partie du haut du panier de la compétition.

Slow-West

Un break flipper et bornes d’arcade me permet de mettre de côté mes soucis de téléphone portable, ayant décidé de nous quitter suite aux fortes chaleurs qui nous tourmentent depuis le début du festival. Chaleur qui nous assomme totalement devant le chouette western Slow West de John Maclean. Jay (Kodi Smit-McPhee) est un jeune écossais qui traverse l’Amérique pour retrouver la jeune femme qu’il aime, Rose (Caren Pistorius). Il trouve sur son chemin Silas (Michael Fassbender), un hors-la-loi qui va l’accompagner dans cette quête, non pas par bienveillance mais parce que la tête de Rose et de son père sont mises à prix. Paysages splendides, gunfights et traits d’humour font de ce film un western contemporain réussi.

L'équipe de "True Love Ways", d'attaque jusqu'au bout de la nuit.

L’équipe de « True Love Ways », d’attaque jusqu’au bout de la nuit.

Le plan idéal de la nuit aurait été de voir The Warriors en plein air, face au lac, mais une pluie intermittente qui ne règle en rien les problèmes de température et un fort vent auront raison de la projection. Retour au temple pour Office de Hong Won-Chan, qui était passé par Cannes en séance de minuit – et accueilli froidement. Un homme rentre un soir à son domicile pour assassiner sauvagement les siens pour revenir sur son lieu de travail. La police enquête tandis qu’une stagiaire est contrainte de ne donner aucune information sur son collègue. Le film cherche à dénoncer les abus du monde du travail, mais ce thriller s’avère absolument épouvantable par la lenteur de sa narration et le manque de logique de ses personnages. Une vraie souffrance. Souffrance, puis réjouissance à la Grande tente, côté VIP cette fois – merci Loïc ! J’y fais la rencontre d’un réalisateur suisse et de l’équipe du film de True Love Ways, film malheureusement manqué. La fermeture de l’espace nous pousse vers le lac, bouteille d’absinthe à la main. L’occasion de parler de cinéma, de production et de David Lynch. Une belle nuit absolument inattendue !

Article rédigé par Dom

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