Critique : Jurassic World

Quelques semaines après Mad Max : Fury Road, c’est autour de la saga Jurassic Park de revenir avec un quatrième opus. Comment faire suite à deux ratés ? En les oubliant, tout simplement, Jurassic World pouvant s’inscrire comme l’unique héritier du premier film réalisé par Steven Spielberg. Loin de la richesse de ce dernier, Jurassic World assure suffisamment le spectacle pour séduire malgré les regrets qu’il suscite. Explications dans un tour critique au milieu des diplodocus.

Le Parc retrouvé

Jurassic World c’est le rêve de Jon Hammond, le scientifique et business man que campait Richard Attenborough dans les deux premiers films. Un zoo à l’ère du Jurassique, parc insulaire d’émerveillement pour les petits et grands enfants, fruit d’une prouesse scientifique aussi géniale que folle. Si le problème d’éthique habitait déjà le premier Jurassic Park, le long métrage de Colin Trevorrow réactualise le propos avec la création d’un dinosaure génétiquement modifié. Le public s’est habitué à l’existence des dinosaures, et afin d’attirer la foule, il faut de nouvelles attractions, et celle qui causera des ravages ici a été baptisée « Indominus Rex ». Avec son code génétique gardé secret, hormis pour son affiliation au T-Rex, ce monstre parmi les monstres se dresse comme une machine incontrôlable et sanguinaire. Encore une fois, le rêve de Jon Hammond vire au cauchemar, seulement il ne s’agit plus d’une petite visite pré-inaugurale mais d’un parc d’attraction où évoluent plus de 20 000 visiteurs. Jurassic World, c’est le manège qui déraille, le plaisir pour le spectateur de voir la folie humaine punie dans un carnage, et au milieu du chaos, un groupuscule de héros, luttant contre la bête mais aussi la bêtise humaine.

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Les torchons Le Monde Perdu et Jurassic Park 3 sont oubliés, l’action prend place vingt ans après la première visite d’Isla Nublar en s’appuyant sur le drame passé, au travers d’hommages mais aussi d’éléments qui dépasseront les simples clin d’oeil. Le film aurait pu se contenter de la dynamique de la catastrophe, mais dans une volonté d’étoffer son scénario, Jurassic World étale ses plus grandes faiblesses scénaristiques. Chris Pratt et Omar Sy campent des dresseurs de vélociraptors, et s’ils sont parvenus à dompter ces chasseurs sur certains aspects, nous ne dépassons pas le niveau de domptage du lion ou du tigre. Encore heureux. Dès lors, la volonté d’une tête de la société inGen, Hoskins (Vincent D’Onofrio), de militariser les raptors plonge le film vers la pure série B. Dans les ressorts narratifs de ce long métrage, il y autant de belles idées que d’idioties. Simple exemple : le directeur du parc, Simon Masrani (Irrfan Khan) est loin de l’archétype du capitaliste. C’est un homme qui prend autant en considération le plaisir et la sécurité de ses visiteurs que les enjeux économiques de l’Indominus Rex. C’est aussi un personnage apportant une belle dose d’humour, le film brillant vraiment lorsqu’il joue de ses clichés ou incohérences avec un second degré salvateur – les courses en talons aiguilles de Bryce Dallas Howard. Exemple inverse, illustrant la balourdise des scénaristes, la première unité de sécurité envoyée aux trousses de l’Indominus Rex est équipée de simples tasers et tranquillisants. Pour le reste, la recette classique du substitut familial fonctionne toujours : deux frères en danger – et au charisme limité – , leur tante Claire (Bryce Dallas Howards) dont l’esprit diligent migrera vers un courage inouï, et enfin le mâle éclairé Owen (Chris Pratt), héros et petit ami en puissance.

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Malgré son scénario des plus imparfaits, Jurassic World n’atteint pas la bêtise des deux précédents films et surtout, il propose un spectacle assez impressionnant, doté d’un cadre sublime et de quelques belles scènes d’action, de la première rencontre entre l’Indominus Rex et les enfants à une échappée meurtrière de ptérodactyles. Colin Trevorrow fait preuve d’un montage judicieux et les effets numériques assurés par Legacy Effects donnent naissance à des dinosaures saisissants. Le parc et ses différentes attractions, entre le safari futuriste et SeaWorld, touchent véritablement au possible. On pourra remettre en question l’exploitation du film en 3D, dont la justification n’apparaît que dans de rares séquences, mais les attentes en matière de suspense et de confrontations entre l’homme et les dinosaures sont comblées, d’autant plus que Bryce Dallas Howard et Chris Pratt forment un duo énergique. Encore une fois, l’acte final sera le produit de ressorts narratifs tirés par les cheveux à en devenir chauve, et si cela contribue évidemment à nourrir le spectacle, on pourra regretter le sacrifice du rationnel au nom d’affrontements qui convoquent les travers de certains Marvel comme Avengers 2. Sans aucun doute le meilleur épisode de la saga depuis le premier long métrage, ce blockbuster divertissant aurait pu avoir une toute autre dimension en soignant les détails de son récit et en apportant plus d’émotion. Mais tant que le visiteur/spectateur répondra au simple appel du tyrannosaure – le film est lancé pour être un des plus gros succès du box-office mondial de l’année –, l’aventure n’est pas prête d’évoluer vers un cinéma plus complet et marquant. En somme, un peu fossile, mais efficace.

3 étoiles

 

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Jurassic World

Film américain
Réalisateur : Colin Trevorrow
Avec : Bryce Dallas Howard, Chris Pratt, Vincent D’Onofrio, Ty Simpkins, Irrfan Khan, Nick Robinson, Omar Sy, Jake Johnson, BD Wong, Judy Greer
Scénario de : , Amanda Silver, Colin Trevorrow, Derek Connolly
Durée : 124 min
Genre : Aventure, Action, Science-fiction
Date de sortie en France : 10 juin 2015
Distributeur : Universal Pictures International France

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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4 commentaires

  1. Bon, à te lire Dom, je me dis qu’il faut quand même que j’aille jeter un sérieux coup d’oeil à cette nouvelle mouture.  » Toujours fuir les aprioris ! « 

  2. Idem pour ma part, mais en plus je suis un « fan » de TOUS les épisodes.
    Pleins de défaut, mais toujours de l’aventure, de l’humour, de l’horreur, et du Spielberg pas trop loin.
    Tu me rassure sur ce 4ème volet, mais le trailer est tellement nullissime que je n’avais pas l’intention d’y aller.
    Je vais chercher des places au tarif CE, et hop….

  3. Très bon film pour un n°4… Un scénario soigné ce qui est rare pour une suite. Résultat un divertissement efficace

  4. Le seconde fin des dinosaures:
    Je commence par dire que j’ai mis 7 sur « sens critique » parce que je considère que c’est un bon film de série B et un bon film d’action, mais alors un très mauvais Jurassic park. Fini les dinos, et vive « terminatorosirux 007 ».
    Comment écrire une débilité pareil? Un dino génétiquement modifié dont on ne saura rien et qui est une espèce de T1000 version premium.
    Rien à dire sur les FX, c’est troublant de blufitude (??). Plus rien à voir avec les épisodes précédents, on passe un cap.
    Mais ou est la peur? on peut flipper de monstre vieux de 65 000 000 d’années, mais comment avoir peur de cette blague??
    C’est pas cousu de fil blanc, mais de mailles de 77mm en double crochets. Un truc plutôt drôle, il y a 2 gouttes de sang pendant tout le film (tombé d’un arbre ou se cache un monstre de 55 tommes!! et oui j’en rajoute). ça croque, ça tue, mais le tout en version très édulcoré. Toi tu te coupe avec un couteau tu fou du sang partout, mais là, non….
    Et ou est le carnage annoncé des 20 000 visiteurs blasés (sois disant)? Une petite attaque de ptérodactyles sans sang … et pis c’est tout… On nous fait croire que le monstre va manger tout ça, mais non….
    Donc pas d’émotion, pas de peur, peu d’humour (souvent involontaire), pas de surprise, pas de séquence cinématographique hors-norme…
    Rien, alors si on oublie la licence Jurrasic park, nous sommes quand même devant un film très cher de série b, mais réussi.
    Il faudrait donc deux notes, une pour la License JP (et là ça vaut 2/20) et une sur un film original de série B et là on peut donner 14/20.
    Très déçu et finalement on se rend compte de la différence avec Spielberg, parce que le 2 et le 3 sont du coup des chefs-d’œuvres, ils fonctionnent.
    Dernier point scandaleux, il manque l’essentiel à ce film, et c’est impardonnable:
    la musique exceptionnelle des JP???!!!!
    A la trappe!!! adios… trop cher??? Nous avons donc une musique d’accompagnement qui vaut rien… Il y a pourtant de quoi faire non?
    La machine ciné a teenager Américaine a encore produit et détruit une licence que j’aimais (die hard!!!!! pareil).
    Monsieur Spielberg, trouvez quelqu’un qui saura nous filer les chocottes dans une salle noire, mais pleines de bruits effrayants et de vrais dino, avec un scénar qui tient au minimum la route.
    Décidément Mad Max restera un ovni dans le cinéma des 4ème suites…

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