Cannes 2015 : un jour parfait

Cannes 2015, quatrième journée pleine de réussite : trois films vus sur trois projections tentées, Mia Madre, The Sea of Trees et A Perfect Day, la conférence de presse de Xavier Dolan à la Plage Magnum, des acteurs et actrices à chaque coin de rue et une soirée au Silencio.

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Comme l’impression de se téléporter de la Villa Schweppes au Grand Théâtre Lumière. Celui qui ouvre le bal du jour, c’est Nanni Moretti, un palmé et ancien président du jury. Dans Mia Madre, le cinéaste et comédien italien filme le travail d’une réalisatrice, Margherita (Margherita Buy), dont la mère est mourante. Elle tourne un film social dans lequel des employés se révoltent contre leur chef d’entreprise, joué par un John Turturro absolument hilarant – il occupe d’ailleurs la place que Nanni Morretti s’offrait dans certain de ses films, comme Palombella Rossa. Aussi présent au casting, Moretti joue un personnage en retrait, le frère de Margherita, aussi désorienté par l’état de leur maman. Le film trouve un équilibre parfait entre la situation dramatique traversée par ses protagonistes et le comique de Turturro en acteur capricieux et délirant, connaissant à peine son texte en italien. Le point faible de Mia Madre se niche dans sa lumière, inexpressive, éclairant chaque scène – ou presque – sans la moindre ambition artistique. Petite facilité structurelle aussi, l’alternance systématique entre l’euphorie des scènes avec Turturro et la sensibilité des scènes avec la mère. Dans cette antichambre du deuil, la fatalité et les visions cauchemardesques conduisent Margherita à devenir de plus en plus émotive sur son tournage, mais aussi à développer un ultime lien avec sa mère – de même avec la petite-fille. Il y a aussi une belle notion d’héritage culturel, un recul perspicace sur la perte à venir. Un beau film, qui parvient à faire rire et émouvoir mais qui n’égale pas les chefs-d’oeuvre de l’italien. Peut-être un prix du jury au palmarès…

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J’abandonne le projet de montée des marches à 21:00 pour The Sea of Trees et éviter la bévue de The Lobster, c’est donc dès 11:30 que je me retrouve à nouveau dans l’obscurité pour découvrir le nouveau Gus Van Sant, hué en séance de presse la veille. Le film traite autant du suicide que du couple en crise au travers du personnage d’Arthur Brennan (Matthew McConaughey). Au pied du Mont Fuji se trouve une vaste forêt où de nombreuses personnes se rendent pour s’y donner la mort. Ce personnage dont on ne connaît absolument rien s’apprête à ingérer des médicaments lorsqu’il aperçoit un homme ensanglanté, Takumi (Ken Watanabe), frappé par le même désespoir mortel. C’est alors qu’Arthur va venir à son secours qui s’avère salvateur pour les deux hommes, piégés dans une forêt tentaculaire sans vivres. The Sea of Trees tourne alors au film de survie qui se positionne comme un anti-Gerry, tournant le dos au trip expérimental avec Matt Damon et Casey Affleck. McConaughey, au jeu toujours aussi solide, notamment dans l’ultime partie du film, la plus belle et émouvante, trouve un rôle plutôt inhabituel, loin de toute virilité, diminué par son imperméable et un visage reconfiguré par des lunettes imposantes. Au travers d’analepses explorant sa vie de couple tumultueuse avec Joan (Naomi Watts), souffrant d’alcoolisme, le film dresse le profil psychologique de son protagoniste tout en cheminant vers la raison de son geste au Japon. Schéma classique par Chris Sparling, scénariste de Buried. Par contre, Ken Watanabe se montre assez décevant, mais cela tient aussi aux dialogues qui lui ont été confiés. C’est par la mise en scène en forêt que pêche parfois le film, même si quelques séquences s’avèrent fantastiques. On s’y enfonce en longue focale, avec une caméra qui ballote, et si Gus Van Sant cherche à mettre en lumière l’instabilité d’Arthur, le procédé se montre trop lourd, nuisant aussi à l’étrange atmosphère de la forêt, quiétude aussi belle que mortifère. Au bout du compte, ce film de survie aux allures de mélodrame se positionne comme un Gus Van Sant mineur, mais en aucun cas il ne méritait les sifflets de la projection presse : d’ailleurs, le public présent ce matin lui réserve des applaudissements.

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A la Plage Magnum, Xavier Dolan présentait la compétition de scénarios de courts métrages « Be True to your pleasure », en partenariat avec Magnum et I-D, une chaîne de Vice.
Chaleureusement accueilli, le jeune réalisateur canadien et membre du jury cette année a présenté la compétition avant de répondre à nos questions. Pour lui, « être fidèle à son plaisir », c’est faire preuve d’honnêteté et d’être soi-même. Il avoue que l’exercice d’écriture d’un scénario de court métrage lui paraît plus délicat que d’écrire un long : les idées doivent être fortes et condensées dans un laps de temps court. Quelques questions font dériver la conférence de presse mais nous permettent d’apprendre que Claude Sautet est un de ses cinéastes français préférés. La conférence est recadré alors qu’une personne le questionne sur son prochain long métrage. Si la compétition cherche de jeunes talents, il est précisé que la question de jeunesse n’est qu’une affaire d’état d’esprit, Jean-Luc Godard et son Adieu au langage sert alors d’exemple. C’est avant tout une liberté narrative et/ou structurelle qui permettra à trois scénarios d’être sélectionnés pour être produits par I-D et Magnum.
Xavier Dolan conclue par un conseil aux jeunes cinéastes : être ouvert à la critique, lui-même lisant absolument tous les papiers à propos de ses films. La conférence laisse place à un cocktail alors que Dolan répond à des interviews sur les canapés de la Plage Magnum. L’occasion de retrouver des collègues et de discuter cinéma avant de retraverser la croisette.

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La mission du jour est aussi de ramener deux autographes de Matthew McConaughey. Direction la sortie des artistes à l’issue de la conférence de presse où l’acteur a pris le temps de s’arrêter devant le peu de festivaliers présents pour signer tout et n’importe quoi, des photos à des feuilles blanches en passant par un chapeau de paille. Geste sympathique contrairement à Naomi Watts en photo ci-dessus et qui, malgré son sourire, a sauté directement à l’arrière de sa voiture. Cette petite parenthèse me coûte du temps car arrivent Fleur Pellerin puis Manuel Valls, et aucune possibilité de circuler tant qu’ils n’ont pas été pris en charge par leur voiture. Passent également Pierre Rissient et Gilles Jacob.

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Le créneau de la montée des marches libéré me permet de me rendre à la Quinzaine des réalisateurs où est projeté A Perfect Day de Fernando León de Aranoa. Dans la longue file qui se prolonge devant l’entrée du J.W. Marriott, Diane Kruger, sublime, grimpe dans sa voiture pour monter les marches quelques centaines de mètres plus loin. Dans la salle, à ma grande surprise, une partie du casting du film est là avec le réalisateur Fernando León de Aranoa, Mélanie Thierry, Benicio Del Toro et Fedja Stukan. Heureux et décontractés, ils espèrent que le film nous fera rire. Le film prend place dans les Balkans en 1995, une zone alors en guerre, pour suivre un groupe d’humanitaires où le casting extra est complété par Tim Robbins et Olga Kurylenko. Le cinéaste essaie de bâtir une comédie dramatique qui prend pour point de départ un cadavre dans un puits : l’équipe de Mambru (Benicio Del Toro) doit trouver une corde pour retirer le corps et permettre à la population de puiser à nouveau de l’eau potable. L’humour, avant tout entre les mains de Tim Robbins, oscille entre répliques bien senties et vannes lourdingues dans un périple au rythme claudiquant. Peu convaincant, le film ressemble à du sous-Emir Kusturica, sans la folie, l’énergie et le message social.

Question soirées, il y a l’embarras du choix, mais pas celui des accès. Grâce à A., que je salue, c’est au Silencio que se prolonge la nuit. Si le début de soirée s’avère calme mais profitable en rencontres, l’arrivée aux platines de Cutkiller transforme le premier niveau en une piste de danse survoltée. En quittant le club, sur la croisette, les festivaliers ne parlent que de ça. La plupart cherche à atteindre cette soirée avant son terme, mais y entrer n’est pas une mince affaire !

Le plan parfait du lendemain :
Mon Roi de Maïwenn à 8:30, écrire et publier cet article, assister à une projection de Carol, un éventuel troisième film et tester l’Occulus Rift, un manqué de la veille, pour finir à la soirée de l’AFPF (association française des producteurs de film).

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Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Sympa de lire enfin une critique un peu plus nuancée que les autres sur le Van Sant…

  2. A Cannes, la compétition officielle peut être très cruelle. Même Joachim Trier a reçu les foudres de la presse alors que je trouve son film magnifique (« Louder than bombs »).

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