Critique du film Electric Boogaloo

Electric-Boogaloo

Peut-être que la Cannon est une société de production cinématographique qui ne vous dit rien. Des noms tels que Chuck Norris, Charles Bronson, Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme ou encore Sharon Stone sont au générique de leurs films, en majorité, de beaux navets. Ce documentaire retrace cette fabuleuse épopée d’Israël à Hollywood.

Nanarmania

C’est l’histoire de deux cousins passionnés de cinéma et producteurs, Menahem Golan et Yoram Globus. Le premier, également réalisateur, se forge une petite réputation à Israël avant de partir avec Globus à la conquête du marché américain, en rachetant l’agonisante Cannon à l’aube des années 1980. Dès lors, il leur importera de réaliser un maximum de films d’action et érotique (et aussi de réunir les deux). Qu’importe la qualité finale, ce qui compte, c’est de pouvoir crier « Action » sur le plateau et de filer au plus vite en salle de montage. Agir, voilà ce qui ressort d’Electric Boogaloo comme une ligne directrice pour réussir – au moins une décennie – dans un milieu où les producteurs perdent trop de temps en discussions futiles, où les budgets des films partent dans les repas fastueux et déplacements en limousine. Golan et Globus, surnommés les Go-Go Boys, excellent dans la recherche de financement et le lancement de projets farfelus, croisant les genres au nom de la violence et du sexe. Le documentaire de Mark Hartley, troisième élément d’une trilogie sur le cinéma d’exploitation, constitué d’extraits de films et d’interviews d’anciens collaborateurs du duo israélien – actrices, réalisateurs, acteurs, monteurs –, dresse le portrait de ces deux hommes en remontant le fil de leur ascension, jusqu’à leur chute. Car malgré quelques succès et investissements judicieux ayant rapproché la Cannon des plus grands, la volonté de produire toujours plus de films, et avec des budgets de plus en plus conséquents, aura finalement eu raison d’eux. Même le débit des mitraillettes de Chuck Norris, l’une de leurs icônes tout comme Charles Bronson, ne pouvait rivaliser avec le nombre de films d’exploitation et séries B bien baveuses qui étaient lancés sur le marché chaque année.

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Il est intéressant de voir qu’avec de simples affiches, sur la base de pitch mélangeant des films tout juste sortis ou surfant sur une tendance (le breakdance, la lambada), Golan et Globus parvenaient à réunir de l’argent pour lancer la production quasi immédiate d’un long métrage. Parfois en possession de projets qui auraient pu mener à des films notables, le besoin inexorable de dénuder les actrices et d’ajouter du sexe dans chaque séquence aura eu raison de la dramaturgie de nombreux films, au grand dam des scénaristes – quand ce n’est pas la disparition de la trame narrative au montage pour favoriser l’action ! La Cannon, c’est pourtant quelques succès, et quelques très bons films, comme Runaway Train d’Andrei Konchalovsky, et aussi des collaborateurs prestigieux, comme John Cassavetes ou encore Jean-Luc Godard – pour King Lear, dont le contrat fut établi sur un bout de nappe ! C’est également les premiers rôles de Sharon Stone au cinéma, sur un quiproquo, Bo Derek, Les Maîtres de l’univers avec Dolph Lundgren et trois longs de Tobe Hooper (Lifeforce, un remake de L’Invasion vient de Mars et la suite de Massacre à la tronçonneuse). La volonté de Menahem de réaliser de grands films et de plaire au public s’oppose à son empressement, son manque de recul critique sur son propre travail, son incapacité à laisser mûrir une idée, à peaufiner. Menahem et Yoram étaient en quelques sortes des frères Weinstein du cinéma bis, des hommes qui pouvaient faire peur, se faire haïr, mais qui trouvaient toujours les moyens d’agir, même dans la tourmente financière. Parfois répétitif par sa forme – schéma très strict interviews/extraits/images d’archive –, Electric Boogaloo s’avère assez captivant, parfois drôle, et étonnant dans sa capacité à nous donner envie de (re)voir certains joyeux navets, portés par un élan de créativité loufoque et des rêves de grandeur et de succès cinématographiques. Si les Go-Go Boys n’ont peut être jamais produit de film épique, leur parcours mérite presque cet adjectif. A noter que les deux cousins n’ont pas souhaité participer à la réalisation de ce documentaire pour livrer leur propre version de leur histoire dans le documentaire The Go-Go Boys, sorti il y a quelques mois après un passage par Cannes, en leur présence. Les Expendables étaient aussi sur la croisette, et ils ne se doutaient sûrement pas que leur papa, Menahem Golan, retourné au cinéma israélien, allait les quitter le 8 août 2014, à l’âge de 85 ans. Salut à un hyperactif du 7ème art unique en son genre.

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3.5 étoiles

 

Electric-Boogaloo-affiche

Electric Boogaloo

Film australien , britannique , américain , israélien
Réalisateur : Mark Hartley
Avec : Molly Ringwald, Franco Nero, Chuck Norris, Sylvester Stallone, Charles Bronson, Tobe Hooper, Alex Winter
Titre original : Electric Boogaloo: The Wild, Untold Story of Cannon Films
Scénario de :
Durée : 107 min
Genre : Documentaire
Disponible en DVD à partir du 15 janvier 2015
Distributeur : Luminor

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. C’est aussi une page de l’histoire du cinéma. Total respect, même si ce n’est pas mon truc. Le doc visiblement à l’air passionnant. Sympa de préciser qu’ils ont aussi produit Runaway Train. Grand film.

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