Critique du film Fata Morgana

fata-morgana-desert

Bien qu’il s’agisse du 3ème long métrage livré par Werner Herzog, en 1971, Fata Morgana est un projet dont la production avait débuté avant même le premier coup de clap du film Les nains aussi ont commencé petits. Cette œuvre tournée dans le Sahara est peut-être l’un des films les plus ésotériques de son auteur.

Mirages mystiques

La première scène du film est une succession d’avions de ligne en phase d’atterrissage, mais pourtant, Fata Morgana offre une expérience planante, hypnotique. Phénomènes de mirage particuliers, les Fata Morgana sont capturées dans les plans désertiques de la première partie du film, « la Création » – les deux autres étant « le Paradis » et « l’Age d’or ». En voix-off, une femme évoque le mythe de la création tandis que de longs plans en travelling, accompagnés par la musique de Leonard Cohen ou de Mozart, balaient l’immensité aride des dunes, du désert qui offre, ça et là, des illusions optiques. Tout au long du film, la voix-off semblera s’opposer aux images, pourtant en parvenant à les rejoindre dans un certains sens, parfois allégorique, et au final, de cultiver une idée ou une notion qui tient du mysticisme. La démarche d’Herzog aurait pu s’approcher de ce que produiront plus tard Godfrey Reggio ou Ron Flicke (Koyaanisqatsi, Baraka, …), mais le réalisateur allemand s’écarte du cadre du documentaire par sa narration erratique en off. Si certaines images auront probablement cheminé jusqu’à l’esprit des deux cinéastes cités précédemment, celles d’Herzog ne bénéficient pas du même éclat malgré une restauration réussie.

Fata-Morgana-herzog

Lent, Fata Morgana se montre profondément ésotérique et voit sa force agir sur l’esprit du spectateur courageux et ouvert à une telle expérience dans l’après séance. Un sentiment paradoxal de douceur et de tristesse est engendré par la démarche insolite de cette œuvre picturale ne répondant à aucun modèle. Nébuleux dans sa structure, ce film est le fruit d’un cinéaste aussi assoiffé de réalité que de fiction, Herzog s’approchant de la position d’un anthropologue mystique. Il filme avec un même regard curieux la carcasse d’un avion écrasé que le corps en début de décomposition d’un dromadaire, comme s’il s’agissait de reliques d’un monde disparu ou sur le point de disparaître. Il filme avec la même envie de figer un portrait un enfant qui a pour animal de compagnie un fennec que trois gamins auxquels il demande de tenir les poings en l’air. Mais hormis ces quelques plans d’enfants, la population est aperçue de loin dans cette opposition entre la pureté de la création divine et la présence insolente de constructions humaines au cœur du désert. Sur la fin de ce singulier voyage courtisant à peine les soixante-quinze minutes, on y voit un homme parlant d’un varan, fasciné par ces créatures capables de survivre dans des conditions extrêmes, ou encore d’un plongeur examinant une tortue. S’y joignent des séquences mises en scène avec ce qui pourraient être des touristes et un duo de musiciens sur scène. Cette bizarrerie qui lie un aspect documentaire avec l’absurde résume bien la désorientation que provoque Fata Morgana, curieuse fiction qui projette de façon illusoire du réel – ou bien curieux documentaire habité par des phénomènes de fiction ? Au spectateur de choisir.

3.5 étoiles

sera à (re)découvrir dans le coffret Werner Herzog Volume 1, distribué par Potemkine Films à partir du 4 novembre 2014.

herzog-dvd-vol1

 

Fata Morgana

Fata-Morgana-dvdFilm ouest-allemand
Réalisateur : Werner Herzog
Scénario de :
Durée : 73 min
Genre : Expérimental

 

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *