[Deauville 2014] #07 Montée en puissance

_Whiplash-baguettes

Une belle journée scindée entre Deauville et Trouville : étaient projetés I Origins et Whiplash au C.I.D. tandis qu’Off court présentait une multitude de beaux courts métrages. Photo ci-dessus issue du film Whiplash.

_Cahill-Berges-Frisbey

C’est avec un enthousiasme immense que le réalisateur Mike Cahill monte sur scène pour présenter I Origins, en compagnie de l’actrice Astrid Bergès-Frisbey et de son producteur Hunter Gray. Réalisateur enjoué car son film s’apprête à être projeté dans des conditions optimales, en Dolby atmos qui tirera partie des 64 enceintes dans la salle. Astrid se montre également très heureuse d’y voir son nouveau long métrage dans une de ses salles préférées.

_I-Origins

I Origins est l’ œuvre la plus charmante de la compétition, avec un récit relativement audacieux, mêlant la rigueur scientifique à la spiritualité au travers de trois personnages étroitement liés. Michael Pitt joue Ian Gray, un jeune chercheur passionné par la splendeur des yeux qu’il photographie avidement. Son travail le porte à chercher une espèce dénuée de vision qui serait capable de supporter une mutation afin de développer des yeux. Il est aidé par une stagiaire pleine d’entrain, Karen (Brit Marling), tandis qu’il vit une relation fusionnelle avec Sofi (Astrid Bergès-Frisbey), une jeune femme énigmatique et spirituelle, convaincue qu’ils se sont rencontrés dans une autre vie. Toutes les thématiques de ce drame qui lorgne sur la science-fiction avec un soupçon de romance sont vaillamment abordées par Mike Cahill. Son sens de la mise en scène élégant et son amour pour ses personnages permettent au film d’avancer sur des théories plus ou moins extravagantes sans heurt et sans perdre la crédulité du spectateur. Avec son séduisant trio de comédiens, I Origins nous invite à questionner en douceur la science et la croyance, en regorgeant aussi d’une bienveillance louable. La beauté est dans l’œil de celui qui regarde – et ne renonce jamais à de nouvelles perspectives !

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En attendant l’arrivée du réalisateur Damien Chazelle et de l’acteur Miles Teller pour Whiplash, je m’abandonne aux conversations de mes jeunes voisines, débattant sur le physique d’Orlando Bloom et de Brad Pitt. Sur scène Chazelle salue le public présent en français parfait puis en anglais, avant de laisser la parole à Teller, très heureux d’être ici puisqu’il s’agit de son premier voyage en Europe avec un arrêt à Paris la veille.

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Amateurs et amoureux de musique, Whiplash est probablement votre film de l’année – et nul doute que ce film couronné à Sundance et salué à la Quinzaine des réalisateurs fera de nouveaux adeptes d’un jazz bouillonnant. Andrew (Miles Teller) joue de la batterie dans un prestigieux conservatoire de New York dirigé par le terrible et passionné Terence Fletcher (J. K. Simmons). Dès la scène d’ouverture, le film donne le tempo : un travelling avant sur le musicien qui bat la mesure en accélérant son flux de croches sur sa caisse claire. Le jeune homme se lâche, ne sachant pas que Fletcher s’approche de lui. L’élève est remarqué, jugé, et déjà poussé à faire mieux. Tout le film se portera sur cette envie ravageuse d’excellence, de dépasser ses limites pour devenir l’un des meilleurs et entrer dans la légende, mais à quel prix ? Damien Chazelle fait preuve d’une mise en scène époustouflante, comme si la caméra et le montage suivaient le tempo d’une partition endiablée, avec son prodigieux débit d’inserts, de changements d’axe, de balayages des musiciens et de leurs instruments. Une telle énergie se dégage de chaque séquence musicale où les batteurs du meilleur groupe du conservatoire sont constamment dans un état de compétition face à une figure intransigeante, violente – le nombre de jurons lancé en devient parfois hilarant malgré la violence psychologique. J.K. Simmons est littéralement monstrueux dans ce rôle. Ses regards, sa gestuelle, la contraction de ses muscles, ses veines qui cherchent à percer sa peau, tout le rend inhumain malgré que son comportement procède d’un amour profond pour la musique. En face, le jeune Miles Teller livre probablement sa plus grande performance, assurant la majorité des scènes où il entre dans un état entre la transe et la rage au-dessus de ses fûts et cymbales. Entre l’abandon de toute vie sociale et son dévouement morbide pour son art, Andrew va jusqu’aux limites de son propre corps, pansant les plaies provoquées par ses baguettes sur ses mains. Et dire que ce film spectaculaire, grisant et parfois bouleversant n’a été tourné qu’en 19 jours seulement. Tout comme Andrew et Terence, la narration se montre imprévisible jusqu’à un final ahurissant. Whiplash, incroyable rite initiatique au jazz intense, à retrouver dans les salles françaises le 24 décembre 2014.
A l’issue de la projection, le film reçoit une standing ovation fournie en cris d’allégresse et applaudissements – c’est la première à laquelle j’assiste depuis le début du festival, avons-nous là le prix du public ?

Abandon du festival de Deauville en milieu d’après-midi malgré la projection de Deepsea Challenge 3D et la venue de Pierce Brosnan. C’est au casino de Trouville que je me rend afin d’assister à une série de court métrage dans le cadre de Off courts. Huit films, d’horizons différents mais se recoupant sur un même point : leur qualité. D’un comédien américain dont le rendez-vous à un casting tourne à la cavale comique dans To Be Delivered à l’hilarant et répugnant film d’animation Supervénus, sans oublier le comique de situation de Baby Phone, le court comique se montrait solide. De belles choses étaient à découvrir aussi dans un versant dramatique, avec le film québecquois Ailleurs exactement où une jeune femme perd sa mémoire et sa raison subitement ou bien dans le genre du faux docu, avec les skateurs paysans du film Le Skate moderne. Ci-dessous, des membres d’équipe présentant leur film.

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La soirée se prolonge dans le village des Off où le groupe Samba de la muerte donnait un concert pêchu et planant avec ses membres possédés par leur musique rock-électro. Retour ensuite à la salle du casino pour la dernière série de kino, des courts métrages tournés et montés en l’espace de 48h à Trouville. Et malgré cette contrainte temporelle, les films montrés faisaient preuve d’une créativité (et souvent d’humour) des plus réjouissants. Du Poète perdu avec sa voix-off délirante à une drôle d’aventure avec des Lego, les rires fusaient dans une salle bondée et très réceptive.

Suite du festival avec le film d’épouvante It Follows, Pasolini et la venue de Mick Jagger pour Get on up.

Article rédigé par Dom

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