[Cannes 2014] #11 Deux jours, une nuit

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A l’image du titre du film des frères Dardenne, le dernier article du journal de bord du festival de Cannes couvre deux jours et une nuit. Rien de déterminant au bout, juste du plaisir. A découvrir : White God, la cérémonie de clôture, Pour une poignée de dollars présenté par Tarantino, la soirée finale et un dimanche de rattrapages avec Relatos Salvajes, Charlie’s country et Jimmy’s Hall. Photo-ci dessus, Quentin Tarantino et Uma Thurman sur le tapis rouge pour la cérémonie de clôture.

Festival écourté en raison des élections européennes, le weekend de reprise des films se déroule sur deux jours,la cérémonie de clôture prenant place le samedi 24 Mai au soir.

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L’occasion se présente pour découvrir le film hongrois récompensé dans la sélection Un Certain Regard, White God de Kornel Mundruczo, projeté en salle Bazin. Le film s’ouvre sur une séquence à la musique pompeuse : une jeune fille à vélo est poursuivie par des dizaines de chien dans une ville vidée de présence humaine. Cette fille, c’est Lili (Zsófia Psotta, superbe de naturel), et elle s’apprête à passer l’été chez son père. Seul problème, ce dernier ne tolère pas la présence de son chien Hagen et la jeune Lili se verra contrainte de l’amener à ses répétitions de l’orchestre dans lequel elle joue de la trompette. Incapable de se passer de sa maîtresse, Hagen fait irruption parmi les musiciens et la jeune fille est renvoyée. Son père, qui se voit menacé de payer une amende pour la garde du chien décide d’abandonner devant sa fille impuissante l’animal dans la rue. Ainsi débute l’odyssée de ce chien qui rencontrera de nombreux dangers mais aussi un autre fidèle compagnon à quatre pattes pour affronter ces derniers comme les agents de la fourrière. Grâce à sa jeune actrice et ses chiens dressés à merveille, White God se montre prenant malgré sa caméra épaule parfois maladroite. Le réalisateur Kornel Mundruczo n’hésite pas à nous mettre au plus proche de son héros canin en proposant également des plans subjectifs qui dynamise sa mise en scène. Si le titre White God fait directement référence au film de Samuel Fuller, White Dog (Dressé pour tuer en français), ce film hongrois s’avère bien moins captivant et profond, notamment dans le virage entrepris dans sa partie finale doucement ridicule où une meute de chiens sème la terreur dans la ville. Reste alors quelques belles images de chiens luttant pour leur survie et d’une enfant déterminée à retrouver son cher compagnon.

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Grâce à Antoine Corte du Passeur critique, la cérémonie n’est pas à voir sur l’écran de la salle Debussy mais de nos propres yeux au Grand théâtre lumière. Cette ultime montée des marches ayant lieu peu avant 18h, il est impossible de trouver le temps suffisant pour voir un second film, mais qu’importe puisque la soirée doit s’achever par la copie restaurée en 4K de Pour une poignée de dollars de Sergio Leone. Derniers pas sur le tapis rouge pour s’installer en corbeille et dominer la scène du Grand Théâtre Lumière, aménagée pour la soirée. Lambert Wilson, maître de cérémonie, s’est montré à l’aise et n’a pas hésité à lancer une petite attaque à l’égard de l’exploitation en VOD du film Welcome to New York. La remise des prix sera marquée par l’émouvante remise du prix du jury à Xavier Dolan, la standing ovation à Gilles Jacob qui présidait le festival pour la dernière fois, l’émotion de Timothy Spall au discours bien caché dans son téléphone mobile et la standing ovation réservée à Sophia Loren. C’est avec une grande sérénité que Nuri Bilge Ceylan a reçu la Palme d’or pour Winter Sleep et ses quelques mots allèrent à la mémoire des jeunes turcs morts au cours des mouvements protestataires. Vous pouvez revoir l’intégralité de la cérémonie sur le site du festival.

Il ne faut pas plus d’une demie-heure pour que la scène du Grand théâtre lumière soit à nouveau dégagée. Thierry Frémaux monte alors sur scène pour nous présenter la version restaurée de Pour une poignée de dollars et lancer une vidéo d’Ennio Morricone s’exprimant sur son travail de compositeur et saluant aussi Quentin Tarantino. Ce dernier est ensuite monté sur scène pour resituer l’importance de ce film pour le genre du western et donner un coup de fouet à une salle s’étant vidée de moitié à la fin de la cérémonie. Son discours est à découvrir en vidéo :



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La projection de ce film innovant, première pierre à l’édifice du western spaghetti s’est conclue par une collection de scènes coupées inédites. Cette soirée étant la dernière, l’humeur est à la fête pour ne pas se laisser attraper par la mélancolie de fin de festival. Il y a un besoin de se rendre partout, à commencer par la plage Ciné-Guinguette où se déroule un détonnant show animé par un DJ, un guitariste et un percussionniste. L’ambiance est réjouissante et depuis le ponton joliment éclairé, on peut voir la plage de la Quinzaine se mourir avec sa poignée de festivaliers sur la piste. Après un mojito, direction la plage Magnum qui attire tous les festivaliers, et même les membres du jury comme Nicolas Winding Refn. Impossible d’y pénétrer avant sa fermeture, la soirée se poursuit au Baron dans une atmosphère excellente où plusieurs DJ se relaient derrière les platines pour un mix éclectique. Toujours porté par l’envie de festoyer en tout lieu une dernière fois, je prends la direction du Silencio. Sur mon chemin, un groupe de quatre festivaliers écoute avec un téléphone portable « On ne change pas » de Céline Dion, l’un deux balance « C’est notre trésor national ! ». L’effet Xavier Dolan avec Mommy ! Alors qu’il n’est pas encore 4 heures du matin, le vigile au pied du Silencio refuse toute entrée, mettant un terme à la soirée. Tant pis, ce seront plus d’heures – ou plutôt de minutes – de sommeil pour la dernière journée de rattrapage.

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Dimanche 25 mai, la croisette est bel et bien désertée et les derniers festivaliers savent qu’il n’y aura logiquement aucune difficulté pour voir les reprises alors que les différents niveaux de priorités ont été abolis. Première séance au Grand théâtre lumière pour découvrir Relatos Salvajes, film en compétition réalisé par Damiàn Szifrón et produit par Pedro Almodóvar. Il s’agit d’une comédie à sketchs qui dépeint le caractère animal, voire bestial qui peut saisir tout un chacun face à une situation insolite. Si les trois premiers segments s’avèrent les plus dynamiques, tous sont portés par un même humour noir, une délicieuse forme d’extravagance et une inventivité des plus plaisantes. D’un vol en avion à un mariage en passant par une crevaison sur la route, le film de Szifrón passe en revue des situations plus ou moins communes pour les faire dérailler avec un malin plaisir et un excellent sens de la mise en scène. Une œuvre déjantée et parfaite pour débuter sur le bon pied ce dimanche d’après clôture.
La tristesse propre à toute fin de festival est repoussée en retrouvant une charmante festivalière rencontrée à la masterclass de Jacques Audiard, elle-même ayant retrouvé un jeune chef opérateur et réalisateur américain rencontré lors d’une précédente édition. Et ce dernier était accompagné par un couple d’italiens ayant présenté un film au Short Film Corner, c’est donc un joyeux groupe qui s’est formé pour traverser les vestiges du festival. L’occasion toujours et encore de discuter de cinéma et de nos projets dans ce milieu avant de retrouver la salle Buñuel pour Charlie’s country de Rolf de Heer.

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Charlie’s country suit le quotidien d’un aborigène vivant dans une communauté sous contrôle des forces de police australienne non loin de Darwin. Joué par un génial David Gulpili, prix du meilleur acteur Un Certain Regard, Charlie est un homme qui ne cherche qu’à vivre simplement comme le faisaient ses ancêtres : chasser pour vivre, danser pour s’exprimer. Ce personnage maigrichon et drôle gagne l’empathie du spectateur sans mal, et si les premiers heurts avec la police mèneront d’abord à rire, ces derniers conduiront le récit à prendre une tournure bien plus dramatique. Témoignage superbe de la condition des aborigènes, Charlie’s country dénonce le colonialisme écrasant tout une culture. Ecrit par de Heer et Gulpilil, le film montre avec intelligence comment cette population se voit menacée et poussée à vagabonder aux abords des grandes villes, s’abandonnant à la drogue et à l’alcool. Il est intéressant de constater que malgré une mise en scène travaillée, le film dégage un réalisme propre au docu-fiction bluffant, et ce, sans avoir recours à une caméra épaule suivant son protagoniste au plus près. Bouleversante découverte d’un peuple dépossédée de leur propre terre, menacé par la culture imposée de l’homme blanc, Charlie’s country est une œuvre sensible et remarquable.

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Alors que la nuit approche, le temps vient pour faire les derniers au revoir, pas seulement aux nouvelles connaissances mais aussi au personnel du festival qui nous ont accompagné et encadré pendant une douzaine de jours. Malgré la fatigue générale, le vague à l’âme semble affecter tout le monde. Ultime séance en salle Debussy qui aura été cette année l’antre de nombreux événements marquants, de la rencontre avec Jessica Chastain à la découverte des courts métrages de la compétition officielle en passant par la projection du film de Ryan Gosling. Il s’agit de Jimmy’s Hall de Ken Loach, une œuvre inspirée de la vie de Jimmy Gralton (Barry Ward). L’action se déroule en 1930 en Irlande, période de crainte du communisme – appelée Peur rouge. Fidèle à son cinéma engagé, Ken Loach se repose sur ses lauriers dans ce film qui met en scène un homme du peuple affrontant la sottise de l’Eglise. Si quelques scènes superbes jalonnent le film – notamment une intime scène de danse nocturne –, cette bataille pour offrir aux jeunes – et moins jeunes – un lieu pour se cultiver et se divertir s’avère un peu plate. Dommage, d’autant plus que la direction artistique est toujours aussi solide chez le réalisateur britannique.

Ainsi s’achève le 67e Festival de Cannes sur lequel je reviendrai avec un bilan et le classement des films découverts.

Article rédigé par Dom

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