[Critique] American Bluff, réalisé par David O. Russell

american-bluff

David O. Russell ne chôme pas, tout juste un an après la superbe comédie dramatique Happiness Therapy, il livre un nouveau long métrage où le FBI s’associe à des escrocs pour coincer des politiciens véreux. Inspiré d’une histoire vraie, American Bluff est foncièrement classique mais plaisant.

Cheikh en bois

La base du film, qui se déroule en 1978, est un couple d’escroc qui vont narrer, tour à tour, leur passé, leur rencontre et leur frauduleux business, prêteurs sur gage encaissant des chèques de frais sans jamais verser un dollar en retour. Deux personnages qui, en apparence, paraissent incompatibles mais qui font finalement la paire par leur ambition, celles de quitter leur milieu en s’enrichissant facilement. Lui, Irving Rosenfeld (Christian Bale), possède plusieurs affaires « clean », dont des pressings qui semblent lui servir d’improbable garde-robe, nombreux étant les clients oubliant leurs sapes. Elle, Sydney Prosser (Amy Adams), possède un véritable talent d’actrice qui leur permettra d’être d’autant plus convaincants face à des endettés désespérés. Bale, exposant une bedaine aussi inédite que sa coiffure désastreuse – point fort du film, véritable festival de tifs incroyables – est fabuleux dans son rôle d’arnaqueur au grand cœur : il a adopté le fils de sa femme Rosalyn (Jennifer Lawrence), et se liera sincèrement d’amitié avec Carmine Polito (Jeremy Renner), un maire qu’il utilisera malgré lui pour coincer un maximum de politiciens aux mains sales. Car la routine d’Irving et Sydney – Amy Adams a rarement été aussi rayonnante – va être enraillée par Richie DiMaso (Bradley Cooper), un agent du FBI un peu trop ambitieux, cherchant peut-être plus la gloire que de faire tomber des pontes traitant avec la mafia. Si Irving et Sydney l’aident à coincer quatre personnes, les poursuites seront abandonnées, mais l’affaire dans laquelle Richie va les conduire deviendra rapidement trop grande pour rester sous contrôle, d’autant plus que le couple d’escrocs compte bien sortir de la situation sans perdre une plume.

american-bluff-adams-bale

On retrouve un peu l’énergie du David O. Russell de l’époque des Rois du désert, avec une véritable influence scorsesienne par le scénario d’Eric Warren Singer et la grande mobilité de la mise en scène, sans oublier les innombrables séquences musicales rythmées par des morceaux de Duke Ellington, David Bowie ou encore Donna Summer. Ce type de fil narratif associé à un telle réalisation provoque toujours la même sensation grisante, ce mouvement tourbillonnant où l’on valse avec les personnages, ici superbement campés. Jennifer Lawrence, femme trophée que l’on préfère garder loin des affaires, se montre d’ailleurs particulièrement drôle par son jeu exacerbé, sa sensualité avec laquelle elle fait tourner la tête des hommes. Irving l’avoue d’ailleurs : cette épouse qu’il ne peut quitter est son talon d’Achille. Les scènes de Rosalyn, pour la plupart dans le domicile conjugal, tiennent de la comédie, sous-genre qui accompagne tout le film dont le principal défaut est de manquer de suspense, ou du moins, d’avoir révélé ses intentions trop rapidement. Un peu comme dans The Game de David Fincher, la finalité s’avère évidente, reste au spectateur à découvrir le comment dans des scènes où chaque acteur a la possibilité d’exprimer tout son talent – il semblerait que les dialogues improvisés aient été favorisés au détriment du respect du scénario originel. L’affaire devient délirante quand DiMaso en vient à demander 2 millions de dollars à son supérieur pour approvisionner le compte d’un faux cheikh, dont le but est de faire tomber députés et mafieux dans la reconstruction d’Atlantic City, ville de jeu de la côte Est alors en décrépitude.

american-bluff-lawrence

Avec sa savoureuse ambiance de fin des années 1970, ses femmes manipulatrices et des hommes victimes de leur ambition, American Bluff dépeint une affaire aussi croustillante que farfelue, où la leçon se niche dans le mélange du business et des sentiments : cocktail explosif mais peut-être nécessaire, du moment que l’instinct de survie habite ceux qui prennent plaisir à jouer avec le feu.

3.5 étoiles

 

American Bluff

american-bluff-afficheFilm américain
Réalisateur : David O. Russell
Avec : Christian Bale, Amy Adams, Bradley Cooper, Jennifer Lawrence, Jeremy Renner, Louis C.K., Jack Huston, Michael Peña, Shea Wigham
Titre original : American Hustle
Scénario de :
Durée : 138 min
Genre : Comédie dramatique, Policier
Date de sortie en France : 5 février 2014
Distributeur : Metropolitan FilmExport

Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

Partagez cet article avec vos amis ou votre communauté :

Twitter Facebook Google Plus

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *