[Critique] Prisoners (Denis Villeneuve)

prisoners

Suite au très remarqué Incendies, le québécois Denis Villeneuve glisse vers les Etats-Unis avec Prisoners. Un temps captivant grâce à ses comédiens et son atmosphère funeste, le film finit par s’enliser dans sa paresse scénaristique.

Tortionnaires ordinaires

Un soir de Thanksgiving, dans la banlieue de Boston, deux filles disparaissent. Dans l’après-midi, elles s’étaient aventurées près d’un camping-car miteux, désormais volatilisé. Pour avoir une chance de retrouver les petites Anna et Joy, la police doit faire preuve de rapidité et d’efficacité. Le film se subdivise entre l’enquête policière menée par l’inspecteur Loki (Jake Gyllenhaal) et les agissements du père d’Anna, Keller Dover (Hugh Jackman). Ambiance glaciale, émotions à fleur de peau, tout tend à installer un climat étouffant propre aux plus grands thrillers de ces dernières années. Lorsque le premier suspect, Alex Jones – Paul Dano, encore tristement cantonné à un rôle de sot – se retrouve relâché, faute de preuve et face à son Q.I. d’enfant, Keller bascule de la position de victime à celle de tortionnaire. Séquestrant Alex, Keller va torturer quotidiennement le jeune homme, convaincu que ce dernier cache sa responsabilité dans l’enlèvement de sa fille tandis que sa femme plonge dans la dépression. Loki, entièrement consacré à l’affaire, trébuche par son manque d’expérience. Se dessine alors un inquiétant paysage de mines patibulaires, comme si la région était touchée par un mal profond et insaisissable.

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Avec une photographie froide signée Roger Deakins, impressionnant à chaque utilisation de courte focale, et des acteurs habités, Prisoners aurait pu être un grand film. Seulement, le scénario d’Aaron Guzikowski – difficile de comprendre pourquoi Villeneuve a seulement endossé le rôle de réalisateur ici – manque trop de rigueur pour ne pas déraper. Entre les indices déposés sous le nez du spectateur mais ignorés si longtemps par les personnages et les prises de décision parfois incompréhensibles, le film perd au fur et à mesure son suspense et sa force dramatique. Etendu sur deux heures et demie, Prisoners impose une lourdeur redoutable pour déboucher sur un dernier acte tout à fait décevant. L’enchevêtrement de victimes et de bourreaux dégage au final une vanité assez déstabilisante pour un genre où l’exploitation de codes éculés permet toujours de donner des œuvres appréciables lorsque la direction artistique s’avère solide ou originale. Dans une logique similaire, mais concentré sur la figure paternelle, Les 7 jours du talion de Daniel Grou proposait une expérience nettement plus saisissante et glauque que ce Prisoners. Un thriller qui réclame bien trop d’indulgence pour briller.

2.5 étoiles

 

Prisoners

prisoners-afficheFilm américain
Réalisateur : Denis Villeneuve
Avec : Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Terrence Howard, Maria Bello, Paul Dano, Viola Davis, Melissa Leo
Scénario de :
Durée : 153 min
Genre : Drame, Thriller
Date de sortie en France : 9 octobre 2013
Distributeur : SND


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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Un commentaire

  1. Excellent thriller pour ma part, « Les 7 jours du talion » est pour ma part décevant avec une fin politiquement correcte. Ici la fin est différente et décevante mais plus nuancée… En tous cas un des meilleurs thriller depuis longtemps… 3/4

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