[Critique] Trance (Danny Boyle)

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Treize ans après La Plage, Danny Boyle et le scénariste John Hodge se retrouvent pour un thriller sous hypnose baptisé Trance. La faute à un scénario bancal, cette expérience, dont la mise en scène s’inscrit dans la continuité de 127 heures, tient du petit cauchemar sans grand intérêt.

Braquage thérapeutique

Avec 127 heures, Danny Boyle démontrait qu’il conserve un esprit jeune, plein de fougue, porté sur une réalisation dynamique qui procède d’expérimentations diverses en matière de cadrage et de montage, tenant parfois du clip, mais sans perdre de vue la cohérence entre sa mise en scène et le récit. Les prémices de Trance confirment cet état d’esprit impétueux, mais cette fois, la cohérence n’y est plus vraiment. Alors que Simon (James MacAvoy) explique son rôle de commissaire-priseur, et plus particulièrement, en cas d’attaque, le spectateur découvre en parallèle le braquage presque parfait d’un tableau de Goya dans des scènes emportées par une débauche d’énergie, comme si le réalisateur de Trainspotting exprimait le besoin vital d’être sur le pas de course, comme l’était Renton au début du film adapté du roman d’Irvine Welsh. Finalement peu attrayant dans son surplus explicatif et démonstratif, Boyle redressera la barre alors que le scénario de Hodge sombrera dans une mécanique impuissante et désagréable. Trance est un film à twist, jouant avec les convictions du spectateur – ou plutôt, visant à le tromper malicieusement – pour mieux le surprendre en bout de course. Seul problème ici, tout est annoncé avant même d’atteindre la demie-heure de film.

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Si le braquage était presque parfait, c’est parce que les voleurs, avec à leur tête Vincent Cassel, sont sortis indemnes et non repérés de leur coup mais sans la précieuse toile. Simon, complice, avait découpé la toile afin de la cacher, mais un coup reçu sur le crâne lui a ôté tout souvenir de l’endroit où se terre l’objet si désiré pour sa valeur ahurissante. Afin de retrouver la toile, Trance se tourne vers l’hypnose, de façon assez ridicule, présentant l’hypnothérapie comme un domaine d’une simplicité évidente pour régler tout type de problème. Alors qu’il se rend à une seconde séance avec Elizabeth (Rosario Dawson), après avoir été témoin de l’efficacité de sa pratique ayant permis de dégoter des clés dans une armoire, Simon se voit proposé une aide afin d’échapper aux malfrats mécontents de la tournure de l’opération. Elizabeth a un plan, et ce plan, évidemment, passe par l’abolition des frontières entre l’espace purement mental dans lequel l’hypnothérapie conduit son protagoniste et la réalité. Grâce à une photographie particulièrement réussie et des cadrages littéralement déstabilisants – Boyle multiplie les dutch angle –, Trance touche à un onirisme froid et parfois inquiétant. Mais cet étrange dédale psychotique a tué dans l’oeuf son final dans l’annonce directe de son plan, bien qu’il soit, dans ses fondements, inconnu du spectateur. Toute information, tout revirement de situation se prend alors avec des pincettes, avec la méfiance de celui qui sait que le dispositif comporte une supercherie.

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Avec cette intrigue bien trop légère pour tenir une heure et demie, Trance se détourne de sa propre logique de facilité en posant des obstacles fantaisistes à la résolution de son mystère. Et c’est dans le développement de ses trois personnages principaux qu’il comble les trous avec une balourdise effarante. De la psychanalyse de bas étage à la romance inconcevable, le nouveau Boyle nage dans un mauvais délire de scénariste fiévreux, cherchant le génie de certaines oeuvres de Brian De Palma et David Lynch sans avoir compris où se logent leurs forces. On pourra saluer l’énergie de certaines séquences, guidées par la voie de Rosario Dawson, épaulée par une bande originale galvanisante, mais si Boyle reste un metteur en scène relativement séduisant sur le plan formel, on ne pourrait que lui conseiller de choisir plus judicieusement les scénarios qu’il porte à l’écran. Rarement la navigation dans l’inconscient n’aura été aussi rebutante au cinéma. Triste ironie, la fin propose à un protagoniste d’oublier les événements : pour nous, ce braquage thérapeutique est déjà un lointain et mauvais souvenir.

1.5 étoiles

 

Trance

trance-afficheFilm britannique
Réalisateur : Danny Boyle
Avec : James McAvoy, Rosario Dawson, Vincent Cassel, Danny Sapani, Matt Cross
Scénario de : John Hodge, Joe Ahearne
Durée : 101 min
Genre : Thriller
Date de sortie en France : 8 mai 2013
Distributeur : Pathé Distribution


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Quelque part, cela me rassure. Danny Boyle est un de mes réalisateur préféré (y compris la cérémonie d’ouverture des JO de Londres), mais je peux pas blairer Vincent Cassel…. D’ailleurs j’ai l’impression que partout ou il passe, les films sont plutôt médiocre. Mais un mauvais Boyle est quand même une mauvaise nouvelle.

  2. Dur… Tout le contraire pour ma part. Montage parfois cacophonique mais ça reste assez envoûtant et passionnant… 3/4

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