[Critique] Les Misérables (Tom Hooper)

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Du bégaiement au chant il n’y a qu’un pas. Après avoir reçu moult récompenses pour Le Discours d’un roi, Tom Hooper s’attaque à une colossale et audacieuse relecture des Misérables. Fusillé par la presse française, le film ne méritait pas d’être enterré si simplement bien que des lacunes ternissent inexorablement l’ensemble.

Fresque chantée

Elles sont nombreuses les adaptations cinématographiques du célèbre roman de Victor Hugo, de Richard Boleslawski à Claude Lelouch, en passant par Raymond Bernard. Si nombreuses que la production d’une nouvelle version, non francophone, suscite forcément la présomption. Or, ce serait une erreur de comparer le projet de Tom Hooper à d’autres longs métrages pour la simple raison qu’il ne réalise pas une adaptation directe du roman, mais de la comédie musicale américaine. Il est inutile dès lors de comparer la dramaturgie de Hugo à ce qui se déroule dans ce film chanté, presque un sous genre de la comédie musicale où les lignes de dialogues s’effacent pour un chant permanent – comme l’excellent Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy. Hooper se lance le défi technique d’enregistrer les acteurs en direct, lors de la prise de vue – alors qu’il est d’usage d’enregistrer les chants en studio pour une post-synchronisation. Une gageure avec des acteurs non habitués au chant comme Hugh Jackman, dans le rôle de Jean Valjean ou Anne Hathaway, bouleversante Fantine. De ce procédé sonore et de sa mise en scène privilégiant le grand angle avec des cadrages à l’épaule, proches des acteurs, Hooper obtient un intéressant phénomène : la sensation que la séquence se déroule à l’instant présent, sur une scène et non une toile, malgré le découpage. Un phénomène qui s’essoufflera toutefois au cours du film, lorsque chaque personnage aura été introduit dans cette fresque rédemptrice et révolutionnaire.

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Si en terme de chant, Les Misérables montre de sérieuses qualités, la musique de Claude-Michel Schönberg peine à s’élever au-delà d’un simple accompagnement des paroles d’Alain Boublil. Hormis deux motifs récurrents, difficile de retenir un air de cette orchestration privilégiant un tissage de nappes aux violons. C’est dans des décors impressionnants que se retrouvent toujours Jean Valjean et Javert, joué par un Russell Crowe dont le côté rustre et la voix de baryton conviennent parfaitement au personnage. Il est vrai que les rares envolées de la caméra dans les hauteurs de Paris montrent une ville numérique au charme désuet, mais la splendeur des éclairages de Danny Cohen préservent toujours l’attrait visuel du film – surtout de nuit. Un attrait procédant également du travail sur les costumes, festival de fripes en tout genre et d’uniformes militaires. L’énergie romanesque et lyrique commence sa chute alors qu’Eponine (Samantha Barks) chante son amour pour Marius (Eddie Redmayne). L’emploi systématique du champ-contrechamp – il est très rare de voir la caméra balayer l’espace d’un acteur à l’autre – devient pénible alors que les cadres trouvent plus de stabilité, perdant la vitalité initiale. Aux endroits où Hooper aurait pu donner de l’ampleur au film, lui trouver un souffle épique, le réalisateur continue sur sa lancée pour bâcler l’insurrection républicaine de 1832. Face à l’amour sans force animant Marius et Cosette (Amanda Seyfried), tout intérêt se reporte sur l’éternelle confrontation entre Valjean et Javert. La disparition de l’un d’eux marque alors la mort de l’épopée musicale, voguant vers d’anémiques scènes finales.

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Un temps superbe, Les Misérables par Tom Hooper sombre par un dispositif filmique trop fragile pour une œuvre si longue. De belles performances d’acteurs et une poignée de morceaux touchants ne suffiront pas pour entrer au panthéon des productions musicales au cinéma.

3 étoiles

 

Les Misérables

les-miserables-afficheFilm britannique
Réalisateur : Tom Hooper
Avec : Hugh Jackman, Anne Hathaway, Russell Crowe, Amanda Seyfried, Eddie Redmayne, Samantha Barks, Helena Bonham Carter, Sacha Baron Cohen
Scénario de : William Nicholson, Herbert Kretzmer, Alain Boublil, Claude-Michel Schönberg
Durée : 158 min
Genre : Drame, Musical
Date de sortie en France : 13 février 2013
Distributeur : Universal Pictures International France


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Article rédigé par Dom

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5 commentaires

  1. Eh ben voilà une critique « honnête »… Je me sentais un peu seul. Certe ça ne mérite pas l’incroyable emballement médiatique outre-atlantique mais ça ne mérite pas plus ce dénigrement français… 3/4

  2. Je suis d’accord avec selenie ! Un film tout à fait correct mais de là à générer un emballement je pense qu’il y a un fossé important ! ^^

  3. Je n’ai pas trouvé ce film transcendant loin de là, mais j’ai vraiment adoré la performance d’Anne Hathaway qui est vraiment épatante! On va dire que c’est un film à voir, sauf si on aime vraiment pas le côté chant…

  4. C’est bien de préciser que l’histoire n’est pas fidèle au roman, je sens que les critiques vont fuser sur ce point là. Mais bon du coup c’est dommage que l’aspect musical soit moyen alors que c’est inspiré directement d’une comédie musicale. Ca reste quand même un film sympa, même si je ne me le repasserais pas en boucle =)

  5. @selenie : j’en arrive à croire qu’il y a parfois un phénomène de masse avec la critique.

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