[Critique] Magic Mike (Steven Soderbergh)

Quelques semaines seulement après Piégée, Soderbergh place un nouveau long métrage dans nos salles obscures. La castagne musclée livrée par Gia Carano laisse place à un autre type de spectacle musclé : le strip-tease, au masculin. Bien entendu, le cinéaste est loin de se contenter d’un exercice chorégraphique révélant le corps de ses apollons, Magic Mike dresse un superbe portrait, magnifiquement mis en scène.

Au service de ses idéaux

Avec un tel film, le risque est évidemment de repousser les spectateurs masculins qui auraient peur de froisser leur virilité face à une oeuvre où des corps parfaitement sculptés se dévergondent devant une foule de femmes en délire. Ce serait s’arrêter aux apparences que combat Magic Mike, et sous-estimer l’intelligence et le talent de Steven Soderbergh, qui livre un long-métrage s’inscrivant dans la lignée du quelque peu méconnu Girlfriend Experience, dans lequel la star du porno Sasha Grey incarnait une escort girl. Plus dramatique que lubrique, le film sondait les conséquences de la crise économique au fil des rendez-vous de la demoiselle, plus appelée pour sa capacité d’écoute que la mise à disposition de son corps. Le principe est similaire ici puisque l’économie tient une place importante dans le récit et aussi car Channing Tatum, incarnant Mike, donne une performance qui reflète son expérience passée de strip-teaseur. Le spectateur est invité et entraîné dans ce monde de la nuit comme une nouvelle recrue, avec Adam (Alex Pettyfer), dragué dans la troupe menée par Dallas (Matthew McConaughey) un peu par hasard, sous l’aile protectrice de Mike.

S’offre alors à Adam, jeune chômeur sans ambition, échoué sur un canapé chez sa soeur Brooke (Cody Horn), un univers fructueux et éblouissant : argent facile, femmes faciles – plan littéralement renversant concluant sa première soirée au club –, fraternité de la troupe et petite gloire – mais malgré la vigilance de Mike pour ce petit frère adoptif, les dérives du monde de la nuit vont le frapper telle une tempête. C’est donc ce singulier univers que dépeint Soderbergh, qui, portant aussi la casquette de directeur de la photographie, scinde stylistiquement le diurne par l’utilisation d’un filtre jaunissant l’image, du nocturne, au jeu de lumières riche et contrasté. Comme dans Piégée, la caméra capte les chorégraphies avec une grande économie de mouvements, alternant entre les plans face et sur la scène, ce qui offre alors une position omnisciente au spectateur. Avec l’hystérie incroyable des femmes face au show, aux mouvements et positions lascives exécutés avec une précision de félin, où le spectacle peut, à tout instant, déborder de la scène pour le plus grand plaisir d’une élue, Magic Mike provoque une galvanisation que Soderbergh contraste avec habilité. Le cinéaste montre subtilement tout le paradoxe de cette parade d’hommes-objets, foire aux uniformes et muscles saillants lorsqu’il élimine les cris et augmente la cadence des images au montage, laissant la musique devenir le fil de la séquence : le show continue mais la tonalité change, passe d’un mode majeur à un mode mineur. Malgré les apparences, ce monde, pour Mike, n’est en rien une finalité.

Présenté au réveil, après une supposée nuit torride en compagnie de deux belles jeunes femmes, Joanna (Olivia Munn), et une autre partenaire dont tous deux ont oublié le prénom, Mike se révèle être bien plus qu’un simple éphèbe exploitant et jouant de son physique. Tout juste trentenaire mais conscient des ravages du temps – l’orgueilleux Dallas que campe parfaitement McConaughey prend souvent les traits d’un spectre quelque peu déviant, être corrompu par l’avarice et les paillettes du milieu –, Mike, également couvreur la journée – ironique contraste avec son job de nuit –, souhaite monter sa petite entreprise, avec laquelle il pourrait vivre de ses talents manuels, capable de fabriquer du mobilier original avec des pièces récupérées. Seulement il est impossible pour lui d’obtenir la confiance des banques, malgré les économies et ses activités nocturnes fructueuses, en cash. Ce personnage, grâce auquel Channing Tatum prouve définitivement qu’il est plus qu’un physique – tâche ardue à laquelle s’adonne Mike pour gagner la confiance de Brooke, la seule femme cérébrale et pleine de retenue face à l’étalage festif des corps dans le film –, se distingue alors des autres hommes, pour qui l’argent est autant un moteur qu’une fin. Mike est un homme généreux et bon, doté d’une capacité de discernement cruciale dans ces instants où une vie peut basculer à tout jamais. Saupoudrée d’humour, de romance et d’instants de perdition, Magic Mike est une aventure humaine aussi simple que séduisante, autant grâce à son casting qu’au talent de Soderbergh, jamais à court d’idées pour conduire une simple scène de dialogue avec style. Un film de strip-teaseurs, oui, en apparences – car sous la chemise Magic Mike allie le sens du spectacle au sens des réalités avec brio.

4 étoiles

 

Magic Mike

Film américain
Réalisateur : Steven Soderbergh
Avec : Channing Tatum, Alex Pettyfer, Matthew McConaughey, Joe Manganiello, Cody Horn, Olivia Munn
Scénario de : Reid Carolin
Durée : 110 min
Genre : Comédie dramatique
Date de sortie en France : 15 août 2012
Distributeur : ARP Sélection


Bande Annonce (VOST) :

Article rédigé par Dom

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2 commentaires

  1. Un bon film c’est vrai mais je mettrais un poil moins justement parce que la réalité est traité de façon trop classique (trop morale puritaine). Mais bon film nonobstant… 2/4

  2. Il est loin le temps de sex lies and Video tape. Bravo à Soderbergh pour sa pugnacité dans le cinéma…

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