Critique : Outrage (Takeshi Kitano)

Outrage

Film japonais
Réalisateur : Takeshi Kitano
Avec : Jun Kunimura, Ryo Kase, Takeshi Kitano, Renji Ishibashi, Kipeei Shiina
Titre original : Autoreiji
Scénario de : Takeshi Kitano
Directeur de la photographie : Katsumi Yanagijima
Monteur : Takeshi Kitano
Durée : 109 mn
Genre : Crime, Drame
Date de sortie en France : 24 novembre 2010
Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 1er avril 2011

 

 

 

La trame :

Le quotidien de clans yakuzas dans leur lutte pour le pouvoir.

 

Bande Annonce (VOST) :

 

Critique

Après une dizaine d’années sans mettre en scène de yakuzas, Takeshi Kitano revient à ses premiers amours avec Outrage, un retour dans le crime organisé japonais, violent et radical. Âmes sensibles, s’abstenir !

Yakuzas en liquidation

Outrage décortique méticuleusement le mode de fonctionnement des clans yakuzas qui, à l’image de la société japonaise, suivent des règles strictes, un code d’honneur particulier ainsi que des valeurs à ne pas bafouer. Pas de mouvement à l’encontre des rivaux sans l’autorisation du chef de clan, lui-même au service du Grand Patron, guidé par la terrible devise « diviser pour mieux régner ». Une bévue se traduit toujours par des excuses et le sacrifice d’une phalange. Les domaines de prédilections ? Les jeux d’argents et les bars à hôtesse ; le juteux trafic de drogue partage les gangsters, notamment les plus âgés. Comme dans n’importe quelle petite entreprise, chaque cellule désire s’accroitre, chacun est rongé par l’envie de grimper les échelons jusqu’au trône. La police, payée pour fermer les yeux, rôde et n’hésite pas à tirer son épingle du jeu au moment opportun.

Takeshi Kitano, également face aux caméras en chef de clan, confronte le spectateur à des personnages qui ne dépassent jamais leur statut de gangster ; ce sont des chefs, des bras droits ou des hommes de main et aucun n’est présenté en dehors de sa structure clanique, qui régit sa vie jusqu’à son dernier souffle. Le film, avare en musique et dominé par des tons ternes, peut paraître froid aux premiers abords, alors que l’on associe difficilement un nom à chaque bandit en costard, se déplaçant dans de luxueuses berlines. C’est pourtant cette approche qui permet à Outrage de monter en puissance en douceur, au fils des passages à tabac, des exécutions et tortures aussi subtiles que barbares – jamais un passage chez le dentiste n’aura été aussi douloureux ! Le déferlement de violence, en contraste avec la sérénité du montage, est d’autant plus percutant que l’on assiste à chaque décision, chaque mouvement sur l’échiquier qui en est à l’origine et dont les répercussions sont toujours du même ordre.

Après avoir défini tous les tenants et aboutissants de la structure criminelle, Outrage écarte les codes présentés pour déployer un machiavélisme redoutable, un jeu de manipulation à double tranchant auquel s’adonne ces criminels qui ne peuvent se satisfaire de leur position, un trait psychologique particulier qu’ils partagent tous, quel que soit leur grade. Takeshi Kitano réalise un film sans issue de secours, où les mieux lotis perdent la vie transpercés par des balles de revolver.
Outrage est un grand film de yakuzas, glacé et violent, qui pourrait marquer le début d’une excellente trilogie ainsi que la renaissance d’un artiste dans la souffrance de son art.

4 étoiles

 


Outrage en DVD et Blu-ray sur Amazon.fr :

Le DVD, distribué par Metropolitan, dispose d’une image propre et propose deux pistes audio en Dolby Digital 5.1 : l’une en japonais, bien évidemment, à privilégier ; et l’autre en français. Peu de bonus, seule la présentation du film par Takeshi Kitano (01:47) présente un certain intérêt puisque le making-of (11:07) se focalise sur le tournage de quelques scènes et leurs répétitions, sans aucune explication des choix artistiques. On retrouve également des bandes annonces de la collection HK.

Critique et test réalisés grâce à Cinetrafic.

Article rédigé par Dom

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3 commentaires

  1. Tu l’as fais ! Merci…. Sauf que maintenant j’ai encore plus envi de le voir.

  2. C’est quand même bien cool qu’il revienne de cette manière le Kitano parce que depuis Aniki on se faisait chier quand même…non?

  3. @Nox, j’espère qu’il te plaira également.

    @Bruce, eh bien, je n’ai pas vu « Achille et la Tortue », son précédent film, mais il parait que c’est pas mal du tout !

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