Critique : Lebanon (Samuel Maoz)

Lebanon - Samuel Maoz

Lebanon

Film français, israélien, allemand
Réalisateur : Samuel Maoz
Avec : Yoav Donat, Itay Tiran, Oshir Cohen, Michael Moshonov, Zohar Strauss
Scénario de : Samuel Maoz
Directeur de la photographie : Giora Bejach
Monteur : Arik Lahav Leibovitz
Durée : 93 mn
Genre : Drame, Guerre
Date de sortie en France : 3 février 2010
Disponible en DVD depuis le 22 septembre 2010

 

 

 

 

La trame :

Le premier jour de la guerre du Liban vu au travers de l’équipage d’un char d’assaut.

 

Bande Annonce (VOST) :

 

Critique

En 1982, Samuel Maoz a 19 ans et se retrouve tireur du premier char blindé à traverser la frontière libanaise. Dans son premier film, il condense son vécu dans l’armée pour nous mettre au cœur d’un blindé comme aucun autre réalisateur ne l’a fait auparavant.

Lebanon

Les blindés sont des éléments terrestres clefs des guerres contemporaines, de part leur puissance de feu, leur résistance aux armes légères et la protection qu’ils apportent à l’infanterie. Mais ces impressionnantes machines aux chenilles dévastatrices s’avèrent être de véritables pièges de ferraille pour leurs occupants, qui évoluent dans une atmosphère des plus pesantes, une atmosphère que Samuel Maoz distille avec brio grâce à sa caméra qui ne quitte jamais la tourelle du char d’assaut.
Assi (Itay Tiran), le commandant, Yigal (Michael Moshonov), le pilote, Schmulik (Yoav Donat), le tireur et Hertzel (Oshri Cohen), le chargeur, n’ont pas le temps de faire connaissance dans l’enceinte du char qu’ils s’en vont déjà en opération. Leur mission, escorter un groupe de parachutistes aux abords d’une zone bombardée pour rejoindre un poste stratégique, l’hôtel Saint Tropez. Première dissidence : Assi décide que Hertzel sera de veille pour la première nuit. Ce dernier proteste que son travail physique lui demande du repos alors que le tireur, assis, vise et tire sans effort. Malgré l’accord de Schmulik pour rester de garde, Assi préfère démontrer son autorité en restant inflexible. Ces hommes, réunis dans un espace réduit, amplificateur des moindres tensions, sont privés de leurs sens pour interagir avec le monde extérieur : seule l’ouïe est sollicitée par les communications radios, qui ordonnent et informent. En fond sonore : les tirs, les passages de l’aviation et le terrible grondement du moteur du blindé.
Les tanks sont des balourds borgnes et c’est au travers d’une lentille que le terrain peut être observé. C’est d’ailleurs, en plaçant la caméra au centre du viseur que Samuel Baoz commettra ses seules erreurs, lorsque des civils accablés nous renvoient notre regard, tranchant alors avec le parti pris réaliste du projet.

Une sensation malsaine de fatalité à annihiler ressort de Lebanon, qui dépolitise le conflit au profit d’une expérience sensorielle au sein de l’équipage d’un blindé. Contrairement à un soldat sur le terrain qui reste un homme, pourvu d’armes, l’homme coincé aux commandes d’un char perd toute son humanité. A l’extérieur, c’est une machine menaçante. De l’intérieur, la machine ne peut s’exprimer que par son armement destructeur. Un mode binaire qui se résume à tirer ou non. Engendrer la mort de la pression d’une simple gâchette.
L’hésitation et la réticence prennent le dessus sur Schmulik lors des premiers tirs à effectuer, qui n’a, jusqu’alors, uniquement tiré sur des cibles d’entraînement, ce qui déclenche un nouveau conflit avec le commandant, lui-même équipé des gâchettes de tir mais incapable d’ouvrir le feu. Cette première bourde pour Shmulik, coûte la vie à l’un des parachutistes, dont le corps, désigné par le terme d’« ange », voyage dès lors à leur côté, jusqu’à son évacuation par hélicoptère.

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Derrière chaque rôle, il y a un être animé par l’instinct de survie, révélé alors que le char est touché et que l’opération les a conduits en territoire ennemi. Sortir du cercueil de fer pour revoir la lumière du jour de ses propres yeux devient alors une éventualité. L’inhumanité des opérations militaires, qui dévastent autant le territoire assiégé et sa population que le troupes assiégeantes, a déjà été démontré maintes fois au cinéma, avec un propos bien plus incisif ; mais grâce à la mise en scène de Maoz, qui, dans une certaine mesure, le rapproche de Tarkovski – dans son cadrage de l’habitacle et des visages -, la thématique est abordée sous un angle inédit et les sensations en résultant, sont extrêmes.
On quitte Lebanon en espérant ne jamais passer par l’écoutille d’un blindé.

Note : 8,5/10


Article rédigé par Dom

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