Critique : L’Arbre (Julie Bertuccelli)

L’Arbre
Film français, australien, italien
Réalisatrice : Julie Bertuccelli
Avec : Charlotte Gainsbourg, Morgana Davies, Marton Csokas, Christian Bayers
Titre original : The Tree
Scénario de : Julie Bertuccelli (d’après le roman « L’Arbre du père » de Judy Pascoe)
Directeur de la photographie : Nigel Bluck
Monteur : François Gédigier
Durée : 100 mn
Genre : Drame
Date de sortie en France : 11 Août 2010

 

 

 

 

La trame :
En Australie, Peter, père d’une famille de quatre enfants meurt d’un arrêt cardiaque, en voiture, venant percuter le gigantesque manguier surplombant la maison. Sa fille Simone croit alors que l’âme de son père s’est réfugié dans l’arbre.

 

Bande Annonce (VOST) :

 

Critique

Le deuil de ceux qui restent. Un thème qui, naturellement, peut sombrer vers le pire mélodrame imaginable. L’Arbre, avec sa veuve, Dawn (Charlotte Gainsbourg), et ses quatre gamins soudain privés de figure paternelle a toutes les caractéristiques pour rejoindre le rang des films larmoyants et pourtant, c’est avec un regard particulièrement axé sur la nature que Julie Bertuccelli évite tous les écueils possibles.

L'Arbre

Nous sommes en Australie, et plus précisément, dans le Queensland, Etat situé au Nord-Est de ce vaste pays. L’Arbre ne s’éternise pas sur la présentation de ses personnages, Peter (Aden Young) meurt après une brève séquence montrant la complicité qu’il partage avec sa femme et le job qui lui permettait de subvenir aux besoins de sa famille. Alors qu’il rentre à la maison avec la petite Simone (Morgana Davies) à l’arrière de son 4×4, il est victime d’une attaque cardiaque qui le conduit dans le tronc du majestueux manguier qui domine la maison familiale. Dawn, dévastée, se languit au lit, laissant les enfants responsables d’eux-mêmes et surtout, seuls face à la perte de leur papa. Les répercussions du décès sont montrées sans voyeurisme sur chacun, individuellement : Tim, l’adolescent et l’ainé, décide d’aller de l’avant en trouvant un travail ; Lou, se débarrasse de sa longue chevelure et observe, pour mieux agir seul ; Charlie le dernier bout de chou, n’est pas en âge de comprendre et refuse de parler ; Simone, la seule fille (de huit ans), trouve refuge dans les branches de l’arbre en substitut des bras de son père. Il suffit du vent dans les branches pour créer un étrange chuchotement que l’enfant interprètera comme les paroles de son père, et donc, de se convaincre qu’il continue à vivre avec eux, réincarné en arbre. Elle parvient à sortir sa mère de sa torpeur en lui faisant part de sa croyance et dès lors, la vie peut reprendre, peu à peu, sans l’être aimé et dont la présence semble pouvoir être remplacé par l’immense manguier, à la fois protecteur et envahisseur.

L'Arbre

L’envahisseur, c’est cette nature qui veut récupérer son droit, ses terres arides où l’homme a bâti des maisons en bois. Chauve-souris s’invitant dans la cuisine, grenouilles baignant dans les toilettes et racines s’attaquant aux canalisations où se trouve l’eau, en manque cruel dans ce pays qui rencontre les sécheresses périodiquement, aussi inévitables que des fêtes annuelles. La caméra de Julie Bertuccelli se focalise autant sur les êtres que sur leur environnement ; sans rentrer dans une forme de cinéma contemplatif, une certaine poésie se dégage du rapport à la nature, de cet arbre humanisé par une enfant et dont certains « faits et gestes » perturbent par leur sens lourd. Le soir où Dawn, formidable Charlotte Gainsbourg qui livre une interprétation touchante, sort pour la première fois avec un homme, une branche s’écrase sur la maison pour apposer ses doigts sur le lit conjugal. Alors, on s’interroge, on se demande si la petite Simone, jouée par Morgana Davies, pleine de maturité, d’esprit et émouvante, ne développe pas un don particulier en croyant son père avec eux, dans l’arbre où elle flâne et se confie.
Jusqu’au final, le récit, concentré sur les deux femmes de la famille, déroulent des détails ça et là, tels les ramifications tentaculaires du manguier. Par exemple, Lou, qui en cachette, malgré les restrictions d’eau, va arroser le manguier dont la soif le pousse à attaquer la demeure et à envahir le jardin d’une voisine bougonne. Ou encore George, le nouvel amant de Dawn, qui va trébucher contre une racine alors qu’il sonne Simone de descendre de son perchoir paternel. Tous ces instants, anodins ou non, confère un charme particulier au film.

Conclusion

Attendrissant sans jamais cheminer vers le sentimentalisme, L’Arbre est un film dépaysant sur le deuil et la force d’une nature qui aura toujours le dernier mot. Trois actrices illuminent la fable de Julie Bertuccelli : Charlotte Gainsbourg, Morgana Davies et l’Australie.

Note : 7,5/10

Article rédigé par Dom

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6 commentaires

  1. Merci à toi aussi d’avoir porté ce beau film. 7,5 sur 10 ça correspond à combien d’étoiles selon toi. Nous sommes tous prisonniers des barèmes.

  2. J’ai voté 3 étoiles sur ton blog. Pas toujours évident de se retrouver avec les notations, mais je pense qu’il faut simplement les regarder comme un « indice de qualité ».

  3. Pffff, même pas c’est un manguier !!!
    C’est un figuier.
    T’y connais queud en pâturage toi !

  4. Alors là, c’est vrai que toute la blogosphère parle de figuier… mais je suis certain à 200% qu’ils parlent de manguier au cours du film, du moins, pour la copie que j’ai vu :p
    Et puis, figue ou mangue, ça ne change pas grand chose, il faut manger 5 fruits par jour, parait-il…

  5. Je viens de perdre mon fils, ils laissent une épouse et 2 enfants: 9ans1/2 et 3ans 1/2. J’aimerais trouvé le DVD pour peut être un jour leur faire voir ce film qui doit être magnifique. Je vais aller le voir

  6. Bonjour Christiane, je sais bien que les mots n’ont guère de sens face à ces tragédies, mais toutes mes condoléances.
    L’Arbre venant de sortir au cinéma, il ne devrait pas paraitre en DVD avant au moins 6 mois.

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