Critique : La Bande à Baader (Uli Edel)

La Bande à BaaderLa Bande à Baader
Film allemand
Réalisateur : Uli Edel
Avec : Moritz Bleibtreu, Martina Gedeck, Johanna Wokalek, Bruno Ganz
Titre original : Der Baader Meinhof Komplex
Scénario de : Bernd Eichinger, Uli Edel (d’après un roman de Stefan Aust)
Directeur de la photographie : Rainer Klausmann
Monteur : Alexander Berner
Durée : 150 mn
Genre : Historique, Drame
Date de sortie en France : 12 novembre 2008
Disponible en DVD et Blu-ray depuis le 16 juin 2009

 

 

 

 

Synopsis :
Chronique de la R.A.F., l’organisation terroriste qui secoua l’Allemagne à partir de 1968.

 

Bande Annonce (VO) :

 

Critique

La bande à Baader, plus connue comme la R.A.F. (Fraction Armée Rouge), est une organisation dont je gardais seulement des réminiscences de cours d’Histoire qui s’effritent un peu plus de jour en jour. Le film d’Uli Edel tire son scénario d’un livre de Stefan Aust retraçant l’histoire de cette fraction terroriste, de sa genèse à la disparation de ses fondateurs. Cours de rattrapage cinématographique.

Contestation estudiantine

Le point de départ est (évidemment) à l’aube des années 1970, en plein mouvement de contestation des étudiants, dénonçant l’impérialisme des Etats-Unis alors en pleine guerre du Vietnam. En mai 1967, au cours d’une manifestation contre le Shah d’Iran en visite officielle en Allemagne, des supporters de l’empereur iranien s’attaquent aux étudiants face à des policiers impassibles. La situation dégénère quand la police intervient violemment contre les manifestants et où un étudiant perdra la vie, froidement abattu par un policier. La tentative d’assassinat de Rudi Dutschke, figure emblématique de l’opposition chez les étudiants, au milieu d’une période où trois figures politiques éminentes disparaissent, Che Guevara, Martin Luther King et Robert Kennedy, provoque la radicalisation de certains qui décident de recourir à la violence pour faire valoir leurs revendications face à un gouvernement qui les ignore. La Bande à Baader commence par détailler en parallèle le destin d’Ulrike Meinhof (Martina Gedeck), journaliste qui deviendra un des membres les plus actifs de la R.A.F., à celui d’Andreas Baader (Moritz Bleibtreu), leader de l’organisation, condamné à vivre dans la clandestinité avec sa compagne (et co-fondatrice de la Fraction) Gudrun Ensslin (Johanna Wokalek) et leurs camarades ayant participé à l’incendie de grands magasins. La date de naissance exacte de la Fraction Armée Rouge reste floue, mais la participation active de Meinhof à la libération de Baader et leur départ en Jordanie pour s’entrainer au combat marque le point de bascule qui plongera l’Allemagne dans un climat de terreur.

Guérilla urbaine

De retour en Allemagne, la R.A.F. réalise des hold-ups qui financeront l’organisation qui se lance dans une vaste campagne de kidnappings, d’assassinats et d’attentats, visant toujours à déstabiliser le gouvernement allemand qui soutient la politique américaine. La caméra d’Uli Edel, à hauteur d’homme, se prive de tout artifice pour dégager un réalisme saisissant. Les affrontements affichent des images violentes, difficiles et souvent appuyées par des documents d’archives diffusés par les chaines de télévision suivies par les protagonistes. La Bande à Baader ne comporte aucun regard critique sur la R.A.F., c’est un récit historique détaillé qui pourra provoquer de nombreuses interrogations, la principale étant pour moi le pourquoi de la radicalisation des ces jeunes issus des classes moyennes, sombrant dans le terrorisme pour défendre une cause qui ne les affecte pas directement, sacrifiant leur propre vie au nom de leurs idéaux. La personne la plus incompréhensible reste Ulrike Meinholf, la journaliste, qui renonce à sa vie de mère, peut-être fascinée par Ensslin ; alors que le caractère compulsif d’Andreas Baader permet d’accepter qu’il soit enclin à la violence et à la marginalisation. Gudrun Ensslin est à l’écran un des personnages les plus intéressants grâce à l’interprétation frappante de Johanna Wokalek, aussi à l’aise pour retranscrire les forces que les faiblesses de la terroriste tandis que les autres acteurs, sans être à côté de la plaque, se montrent unidimensionnels.
Le gouvernement allemand (où l’on retrouve Bruno Ganz, le Hitler de La Chute) réussit à affaiblir le groupe et parvient à arrêter tous ses leaders, placés en cellules d’isolation où ils débutent une grève de la faim qui coûtera la vie à Holger Meins.

Condamnation et déclin

La dernière partie du récit se concentre sur l’emprisonnement et le procès de Baader, Meinhof, Ensslin et leurs comparses qui tentent de mettre l’opinion public de leur côté, décriant leurs conditions de détention. Pendant ce temps, à l’extérieur, une seconde génération continue de semer la terreur par des enlèvements et assassinats en réclamant la libération des fondateurs de la R.A.F. L’organisation semble continuer à croire en leurs idéaux utopistes qui n’ont plus lieu d’être – un point qui n’est pas vraiment abordé par le film – et Edel semble alors démontrer une certaine sympathie envers le mouvement en omettant des éléments nécessaires à la compréhension complète des faits – j’ai fait quelques recherches çà et là pour saisir certains points. Cependant, on lui accordera la difficulté à condenser autant d’événements dans un film de deux heures et demie aux ellipses inévitables. Le film s’achève sans aucun épilogue alors que les derniers membres de la première génération de la R.A.F. se suicident – une assertion jamais démontrée ? – suite à l’issue non favorable (pour eux) du détournement d’un avion de la Lufthansa par un commando palestinien, un choix préjudiciable pour le film sachant que le mouvement restera actif jusqu’en 1998.

Conclusion

La Bande à Baader est un bon récit historique sur la R.A.F., portraits – certes incomplets – de rebelles condamnés au terrorisme, pourvu d’un excellent travail de reconstitution et d’une mise en scène simple et immersive. Mention spéciale à l’actrice Johanna Wokalek qui efface ses collègues par son talent.

Note : 8/10

Article rédigé par Dom

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12 commentaires

  1. salut

    j’ai particulièrement aimé ce film. Bien construit, documenté et surtout bien mis en scène.

    L’interprétation est magistrale. Un vrai bon film comme nous ne savons pas faire en france

  2. Comme nous ne savons pas faire ou plus faire ? En terme de film historique comparable, L’armée du crime m’avait déçu dans sa forme, très proche d’un téléfilm.

  3. Peu emballé par la forme mais un peu plus par le fond même si le format du long métrage ne permet pas de rentrer dans des détails très interessants !

  4. C’est difficile et risqué de réaliser un film stylisé quand on aborde ces sujets historiques. Il faut approche formelle épurée pour ne pas risquer de conférer au film les traits d’une fiction, je pense.

  5. re salut
    je pense que nous ne savons plus faire de grands films en france
    les réalisateurs talentueux s’expatrient
    besson est occupé maintenant à développer des licences
    et son europa corp vampirise la prod

    et les financiers ne prennent plus de risques s’il n’y a pas un canet, cotillard (qui va devenir inaccessible), magimel, elmaleh, merad etc….

    les étrangers (REC, Morse, Jar City, etc….) nous régalent de pépites et nous on se tape les films sociaux sur la misère humaine, le chômage, la maladie, les amours des quadras etc…

  6. Le problème vient aussi de la part des scénaristes aussi frileux que les producteurs et servent donc des histoires bien convenues et/ou ne tenant pas la route. Je suis d’accord aussi sur le fait qu’on mange beaucoup de drames à la mords-moi-le-noeud ; mais ce qui doit changer en premier lieu, c’est le public. Si les salles se vident alors peut-être qu’on donnera une chance à des inconnus qui ont envie d’innover et de réussir.
    Mais bon, le cinéma français n’est pas le seul touché par ces phénomènes.

  7. je suis d’accord avec toi sur la frilosité des scénaristes
    il y aura toujours du public en france car avec les multiplex on attire les familles (même si le ciné est devenu hors de prix) avec les blockbuters estivaux, le pixar quasi annuel. Les chiffres sont faussés par des fréquentations en hausse mais la quantité masque la qualité.
    je crois que dans notre pays 75% des metteurs en scène hexagonaux tournant leur première œuvre ne font jamais de second film, il y a un vrai problème là quand même.

  8. Dans le meme registre, a conseiller: ‘Salvador (Puig Antich)’ et ‘Machuca’

  9. @samom, déjà, y a un problème au niveau des formations cinéma ; j’ai voulu y rentrer et c’est un parcours impossible à moins de se diriger vers une école privée où la qualité des enseignements sont… discutables !

    @Vincent, merci des conseils !

  10. j’ai un collègue de taf qui était projectionniste
    dans ce qu’il a pu entendre
    sur la réalisation française : faites du social, du pathos et vous aurez des fonds (par contre de la sf, de l’horreur ou du fantastique : allez vous faire voir)..

  11. Et oui, mais le pire, c’est que ceux qui obtiennent des fonds pour faire un film de genre se cassent la gueule lamentablement parce qu’au lieu de développer leurs propres idées, ils se basent sur des trames américaines qui ne tiennent pas la route chez nous, avec nos acteurs et nos moyens. Je ne sais pas si tu connais le blog http://www.lescineastes.fr/ , il est tenu par de jeunes cinéastes qui parlent de leurs difficultés. Bon, là, ils sont en congés (ah mais c’est peut-être ça le problème en France, prendre des vacances !), mais tu y trouveras des articles intéressants.

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